Cela était annoncé, mais le retour à un paysage mondial fragmenté, source de tensions accrues entre la première puissance mondiale et le reste du monde a bouleversé de manière inédite les coopérations essentielles pour le climat. Émissions, nouvelles technologies vertes, politiques publiques, finances ont fait face à des vents contraires qui vont sans doute perdurer aux USA en 2026.

Notre revue QCR #4 (Quarterly Climate Review) livrée en novembre 2025 nous donne une assez bonne synthèse de cette année sportive.


1. Situation climatique : des records alarmants

2024 a été une année historique avec une température moyenne mondiale de +1,52°C au-dessus du niveau préindustriel, faisant de cette année la première à franchir le seuil symbolique de 1,5°C de l’Accord de Paris. La Terre se réchauffe actuellement à un rythme de plus de 0,2°C par décennie.

2025 s’annonce comme la 2ᵉ ou 3ᵉ année la plus chaude jamais enregistrée, malgré les conditions La Niña (qui normalement réduisent les températures). L’ONU estime à 70% la probabilité que le réchauffement moyen 2025-2029 dépasse 1,5°C.

Les océans sont particulièrement touchés : la température de surface a atteint un record de 20,87°C en 2024. L’élévation du niveau de la mer a été 37% plus rapide que prévu en 2024 (0,59 cm contre 0,43 cm attendu), avec un renversement notable : deux tiers de cette hausse proviennent désormais de l’expansion thermique plutôt que de la fonte des glaces.


2. Émissions de GES : une trajectoire préoccupante

Les émissions mondiales de GES continuent d’augmenter (+0,4% au S1 2025 selon Climate Trace), avec une prévision de +1,1% pour les émissions de CO₂ fossile en 2025. La consommation mondiale d’énergie primaire reste à 85% fossile, les énergies décarbonées ne représentant que 15% du mix.

Le méthane constitue un levier d’action critique : réduire les émissions de méthane des combustibles fossiles de 75% d’ici 2030 est jugé vital pour maintenir l’objectif de 1,5°C. L’AIE estime que 70% de ces émissions pourraient être évitées avec les technologies existantes, souvent à faible coût.


3. Technologies vertes : dynamique positive mais insuffisante

2024 a été une année record avec 685 GW de nouvelles capacités renouvelables (+22%). 2025 devrait établir un nouveau record (750-840 GW selon les scénarios). Le solaire photovoltaïque représente près de 80% des ajouts, tandis que l’éolien terrestre devrait atteindre 124 GW en 2025.

L’investissement mondial dans les énergies propres (2 200 milliards $) dépasse désormais le double des investissements dans les énergies fossiles. L’investissement pétrolier amont est en baisse pour la première fois depuis 2020.

Cependant, l’objectif de triplement des renouvelables de la COP28 ne sera pas atteint : l’AIE prévoit une multiplication par 2,6 seulement. Un écart de 3,7 TW subsiste par rapport à cet objectif.

La Chine domine avec 75% de la construction mondiale éolienne/solaire et un record de 212 GW solaire ajoutés au S1 2025. L’éolien et le solaire ont atteint 26% de l’électricité chinoise en avril 2025.


4. Politiques publiques : fragmentation mondiale

Le Q3 2025 a marqué une période de fragmentation de la gouvernance climatique mondiale, 10 ans après l’Accord de Paris :

  • Chine : première cible de réduction absolue des émissions (7-10% par rapport au pic d’ici 2035), mais insuffisante (30% serait nécessaire pour 1,5°C)
  • États-Unis : retrait majeur avec le “One Big Beautiful Bill Act” (juillet 2025) qui démantèle l’essentiel de l’IRA, élimine les crédits véhicules électriques et le programme de réduction des émissions de méthane
  • Union européenne : a manqué la deadline NDC, ne soumettant qu’une déclaration d’intention (66-72,5% de réduction d’ici 2035)

Le prix du carbone progresse : il couvre désormais ~28% des émissions mondiales via 43 taxes carbone et 37 systèmes d’échange, mobilisant plus de 100 milliards $ en 2024.

La COP30 de Belém (novembre 2025) se positionne comme la “COP de l’implémentation”, avec un objectif de mobilisation de 1 300 milliards $ par an d’ici 2035 pour les pays en développement.


5. Finance climat : des besoins considérables

Les besoins de financement pour l’atténuation passeront de 1 600 milliards $ (2023) à 5 100 milliards $ (2030). Si 87% des pays disposent d’un plan d’adaptation, le financement reste insuffisant (215-387 milliards $ par an).

Les banques multilatérales de développement ont dépassé leurs objectifs 2025 fixés en 2019, mais restent en deçà des ressources nécessaires pour 2035 pour les économies émergentes.


Notre Appel à l’action des Ateliers du Futur aux dirigeants mondiaux

Nos 10 recommandations aux dirigeants mondiaux tournent autour de trois axes :

Renforcer la volonté : émission rapide de NDC plus ambitieux par les 10 plus grands émetteurs (réduction de 43% d’ici 2030, 60% d’ici 2035), plans de transition obligatoires pour les entreprises alignés sur l’Accord de Paris, réunions trimestrielles inter-COP des dirigeants mondiaux.

Renforcer les moyens : prêts à taux zéro ou très bas des banques multilatérales pour les projets verts, amélioration des conditions de financement dans les pays en développement via des assurances risques globales.

Renforcer les compétences : augmentation de la R&D sur les solutions 2050 (batteries, hydrogène, SAF, CCUS), soutien accru à la géothermie et au biogaz, investissement dans la modélisation climatique (pour compenser les coupes budgétaires américaines).


En résumé, notre QCR #4 dresse un tableau contrasté : d’un côté, une dynamique positive des technologies vertes et des investissements, de l’autre, une fragmentation politique mondiale et des émissions qui ne fléchissent pas, plaçant le monde sur une trajectoire de +2,5°C.​​​​​​​​​​​​​​​​

Mais retenons du côté positif une fin d’année

  • Qui préserve les exigences fondamental de la directive CSRD concernant la transparence climat pour les entreprises qui y reste à assujetties
  • Qui voit la mise en œuvre du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Europe
  • Qui voit apparaître des initiatives similaires en Asie et en Amérique du Sud, montrant l’effet d’entraînement de cette taxation du carbone qui est un des points essentiels de notre appel à l’action des grands leaders mondiaux.

Globalement, 2025 aura été l’année où la contre offensive contre le climat des forces pro-fossiles nous aura fait perdre un temps précieux. Mais le camp du discernement reste mobilisé comme en témoignent les déclarations de Belem et les énergies ne mollissent pas pour reprendre le terrain et le temps perdu.

Tant l’Europe que le UK, l’Australie, le Brésil, le Canada et surtout la Chine montrent que le leadership pro-climatique temporairement abandonné par les US est repris ailleurs avec des conséquences géopolitiques sans doute sous estimées!

Excellente année à tous!