A l’occasion de notre 5ème revue quadrimestrielle sur le Climat mondial, nous livrons ici le volet des risques climatiques physiques, tant du point de vue des récents développements que des perspectives. (Sources Copernicus, Berkeley Earth, Swiss Re, Munich Re, Met Office, WMO, WCRP, ESA).
Malgré l’effet modérateur de La Niña, l’année 2025 confirme une trajectoire climatique alarmante. Températures record, océans en surchauffe, banquise en déclin historique et pertes assurées dépassant les 100 milliards de dollars pour la sixième année consécutive.
Une chaleur persistante et sans précédent
2025 restera dans les annales comme l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées. Selon Copernicus, la température moyenne à la surface du globe a atteint +1,47 °C au-dessus des niveaux préindustriels, après les +1,60 °C de 2024 — année la plus chaude de l’histoire. Berkeley Earth corrobore ces résultats avec une estimation de +1,44 °C (±0,09). Janvier 2025 a été le mois de janvier le plus chaud jamais observé, et les mois de mars, avril et mai se classent au deuxième rang pour leurs mois respectifs.
Le constat est frappant : à l’exception de février et décembre, chaque mois de 2025 a été plus chaud que le mois correspondant de n’importe quelle année antérieure à 2023. Le triptyque 2023-2025 se distingue nettement de toutes les années précédentes, avec une moyenne dépassant le seuil symbolique de 1,5 °C. Depuis 1980, le réchauffement s’est nettement accéléré, chaque décennie devenant la plus chaude jamais observée. Les onze dernières années sont les onze plus chaudes de l’histoire des relevés.
Plusieurs facteurs combinés
Réchauffement structurel (dominant) : hausse continue des gaz à effet de serre d’origine anthropique. Accélérateur à court terme : températures record en surface des océans, amplifiées par El Niño (printemps 2023 – S1 2024). Facteurs modulateurs : aérosols, couverture nuageuse, variations de circulation, tempérés par La Niña en 2025.
Des pôles en première ligne, des océans en surchauffe
En 2025, les schémas de réchauffement ont évolué par rapport aux deux années précédentes. Si les régions tropicales ont été relativement moins chaudes, les hautes latitudes — en particulier l’Arctique et l’Antarctique — ont connu des anomalies thermiques intensifiées. Des records de température annuelle ont été atteints en Antarctique et quasiment atteints dans l’Arctique. Des anomalies record ont aussi été relevées dans le Pacifique nord-ouest et sud-ouest, l’Atlantique nord-est, l’Europe de l’Est et du Nord-Ouest, ainsi qu’en Asie centrale.
Côté océans, la situation est tout aussi préoccupante. La température de surface des mers est restée exceptionnellement élevée tout au long de 2025 (+0,38 °C au-dessus de la moyenne 1991-2020), malgré La Niña. Les conséquences sont multiples : vagues de chaleur marines, blanchissement des coraux, perturbation des écosystèmes et potentiel renforcement des cyclones tropicaux. Entre 2024 et 2025, le contenu thermique des océans a augmenté de 23 ± 8 zettajoules dans les 2 000 premiers mètres — l’équivalent de près de 200 fois la production mondiale d’électricité en 2024.
Focus – Méditerranée, un point chaud critique : 18,50 °C de température de surface moyenne au S1 2025 (nouveau record), anomalies dépassant +5 °C dans certains bassins occidentaux en juin. Ces eaux plus chaudes ont alimenté les violentes tempêtes qui ont frappé l’Espagne (Valence).
Banquise : un record historiquement bas
En février 2025, l’étendue globale de la banquise a atteint son niveau le plus bas jamais enregistré. Si la banquise antarctique avait entamé l’année à des niveaux proches de la normale, elle a chuté de manière spectaculaire dès le mois de février, atteignant l’un des minima les plus bas jamais mesurés. Elle est restée bien en dessous de la moyenne pour le reste de l’année. L’Arctique a également connu des niveaux inhabituellement bas. Combinées, les deux hémisphères ont produit l’étendue de glace de mer mondiale la plus faible jamais enregistrée pour un mois de février.
Des pertes économiques en hausse constante
2025 illustre une fois de plus l’intensification des risques climatiques. Les études d’attribution montrent des augmentations claires de la probabilité et de l’intensité des événements extrêmes.
- Vagues de chaleur : températures récurrentes au-dessus de 40 °C en Europe du Sud, chaleur extrême en Asie du Sud et aux États-Unis. 770 millions de personnes ont connu leur année locale la plus chaude.
- Sécheresses sévères : bassin méditerranéen, Afrique de l’Est, Amérique du Sud.
- Précipitations extrêmes et inondations : crues soudaines, glissements de terrain et dommages majeurs en Asie du Sud-Est, Europe centrale et Amérique du Nord. Crues glaciaires au Népal, en Afghanistan et au Pakistan.
- Feux de forêt : incendie dévastateur à Los Angeles.
- Cyclones tropicaux : ouragans de catégorie 5 (Melissa, Erin, Humberto).
107 milliards USD de pertes assurées liées aux catastrophes naturelles en 2025 (Swiss Re)
6ᵉ année consécutive au-dessus des 100 milliards
Au-delà de ces événements spectaculaires, le changement climatique produit aussi des effets indirects mais déstabilisants : expansion des espèces vectrices de maladies (moustiques tigres, tiques), modification des écosystèmes, dommages au bâti liés aux cycles de retrait-gonflement des sols. L’élévation du niveau de la mer se poursuit à un rythme de +3,7 mm par an, soit 2,5 fois plus vite qu’au cours du XXᵉ siècle (+20 cm depuis 1900).
Perspectives : le seuil de 1,5 °C en ligne de mire
L’Accord de Paris vise à limiter le réchauffement global à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Si un ou deux ans de dépassement ne signifient pas que ce seuil est définitivement franchi, la moyenne des trois dernières années dépasse désormais 1,5 °C pour la première fois, signalant que le monde s’en rapproche dangereusement.
Le consensus scientifique est clair : les prochaines années seront exceptionnellement chaudes. Les prévisions du Met Office indiquent que 2026 sera probablement la quatrième année consécutive avec des températures dépassant +1,4 °C, très proche des niveaux de 2023 et 2025. Le Centre canadien de modélisation climatique anticipe des températures globales en 2026 comprises entre +1,35 °C et +1,53 °C.
Prévisions clés (WMO, 2025-2029) : 86 % de probabilité qu’au moins une année dépasse +1,5 °C. 70 % de probabilité que la moyenne quinquennale dépasse elle aussi ce seuil. Copernicus estime que la tendance de réchauffement à long terme atteindra 1,5 °C dès 2029.
Investir dans la connaissance pour se préparer
Face à cette trajectoire, l’investissement dans la modélisation climatique est plus que jamais essentiel pour mieux comprendre les processus clés — ENSO, comportement des nuages, interactions océan-atmosphère — et produire des prévisions plus fiables. Pourtant, cette capacité est menacée : les projets de réduction du budget de la NOAA aux États-Unis, s’ils ont été limités par le Congrès à environ 5 %, ont tout de même entraîné la suppression de plus de 1 000 postes.
Le coût de l’incertitude climatique pourrait s’avérer bien plus élevé que celui de la recherche.
