Premier article de notre série sur la COP30

Alors que le monde converge vers Belém, au cœur de l’Amazonie brésilienne, pour la 30ème Conférence des Parties sur le climat, les paradoxes et les tensions qui caractérisent la lutte contre le changement climatique n’ont jamais été aussi visibles. Cette première analyse décrypte les positions et les contradictions des principaux acteurs qui façonneront l’avenir de notre planète.

Le Brésil : Entre Leadership Climatique et Ambiguïtés Économiques

Le président Luiz Inácio Lula da Silva incarne à lui seul les tensions qui traversent son pays. Champion autoproclamé du climat qui défend simultanément l’exploration pétrolière, protecteur de la forêt amazonienne qui approuve la construction d’autoroutes à travers des zones préservées, promoteur d’une bioéconomie brésilienne nouvelle tout en accommodant l’industrie bovine traditionnelle – ces contradictions définissent l’héritage climatique complexe du président hôte de la COP30.

Lula, qui envisage un quatrième mandat en 2026, maintient qu’il n’existe aucune contradiction dans sa politique : selon lui, l’exploitation pétrolière est essentielle pour financer la transition énergétique du pays, et l’agriculture intensive peut coexister avec la préservation forestière. Pourtant, cette position ambivalente risque de ternir ses prétentions au leadership environnemental mondial.

Les Défis du Leadership Brésilien

Son initiative phare, le Tropical Forest Forever Fund, illustre ces difficultés. L’objectif initial d’investissement de 25 milliards de dollars a été réduit de 60%, et seules quatre nations se sont engagées financièrement de manière significative. Le président fait face à des défis multiples : les retombées de l’opération policière la plus meurtrière de Rio de Janeiro, les tensions militaires entre les États-Unis et le Venezuela nécessitant son intervention en Colombie à la veille du sommet, et même le choix controversé de Belém comme ville hôte – avec ses infrastructures limitées pour accueillir les 50 000 participants attendus.

Malgré ces obstacles, Lula a obtenu quelques succès diplomatiques, notamment en ralliant l’Union européenne et la Chine à une coalition sur les marchés du carbone, et en sécurisant 5,5 milliards de dollars pour le fonds de protection de la forêt tropicale. Mais l’annonce de la création d’un fonds pour la transition énergétique financé par les profits de l’exploration pétrolière, peu après l’autorisation accordée à Petrobras d’explorer près de l’embouchure de l’Amazone, souligne les compromis permanents entre climat et économie.

Marina Silva, ministre de l’Environnement, reconnaît ces tensions : « Évidemment, nous vivons tous avec des contradictions, et ces contradictions sont gérées. » Une déclaration qui résume parfaitement la complexité de la position brésilienne.

Les États-Unis : Une Résistance Fragmentée Face à Trump

Dans un contexte où l’administration Trump a choisi de tourner le dos aux négociations climatiques internationales, la présence américaine à la COP30 se résume à des voix dissidentes mais déterminées.

Le Sénateur Whitehouse : La Voix Solitaire du Gouvernement Fédéral

Le sénateur démocrate Sheldon Whitehouse, seul représentant fédéral américain présent au sommet, porte un message clair aux près de 200 pays réunis : ne pas céder face à l’intimidation de Trump. « Une fois qu’un tyran sait qu’il peut vous bousculer, il continuera à le faire, » déclare-t-il, appelant particulièrement l’Union européenne à maintenir ses mécanismes d’ajustement carbone aux frontières malgré les menaces commerciales américaines.

Pour Whitehouse, 70 ans, champion climatique au Sénat, l’enjeu central reste la tarification du carbone et la préservation des mécanismes européens qui adressent cette pollution, même face aux attaques probables de l’administration Trump.

Gavin Newsom : La Californie comme Contre-Pouvoir

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a fait une entrée remarquée à la COP30, accueilli avec tous les honneurs d’un chef d’État. Rencontrant ministres étrangers et gouverneurs locaux, signant des accords de collaboration avec le Bade-Wurtemberg allemand, Newsom s’est positionné comme le plus haut représentant américain de facto aux négociations climatiques.

« Les États-Unis d’Amérique peuvent être aussi stupides qu’ils le souhaitent sur ce sujet, mais l’État de Californie ne l’est pas, » a-t-il déclaré aux délégués, soulignant que la Californie, avec son économie de 4 000 milliards de dollars – la quatrième mondiale – continue de mener le combat contre le changement climatique.

Newsom, qui envisage une candidature présidentielle en 2028, se présente comme l’antithèse de Trump. Il rappelle aux délégués que « Trump est temporaire » et que « les gens doivent tenir tête aux tyrans. » Cette position ferme contraste avec ses récentes modérations sur certaines questions énergétiques, notamment ses négociations avec l’industrie pétrolière californienne – un pragmatisme qui fait écho aux contradictions brésiliennes.

Trump : L’Absent Omniprésent

Bien qu’absent physiquement de Belém, Donald Trump reste une présence dominante dans les discussions. Son administration « engage directement » avec les leaders mondiaux sur les questions énergétiques, utilisant les négociations commerciales et les menaces tarifaires pour encourager l’abandon des engagements renouvelables au profit des combustibles américains. Le mois dernier, les officiels américains ont, par exemple, rejoint l’Arabie Saoudite et l’Iran dans une campagne de chantage pour faire dérailler les plans d’une première taxe carbone globale sur le transport maritime.

La Chine : Entre Ambitions Climatiques et Pragmatisme Économique

Face au vide laissé par le retrait américain, beaucoup espéraient voir la Chine endosser le rôle de leader climatique mondial. Pourtant, malgré une présence spectaculaire à Belém – son pavillon national bondé attire les foules avec ses pandas en peluche et ses éventails calligraphiés.

Pékin, hélas, n’a pas franchi le pas vers un leadership assumé.

Une Approche Sélective du Leadership

La Chine maintient sa position historique de pays en développement, insistant pour que le fardeau financier de la transition verte incombe principalement aux nations riches, même si ses émissions cumulées la placent désormais juste derrière les États-Unis. Les objectifs chinois annoncés en septembre – une réduction des émissions de seulement 10% sur la prochaine décennie – ont déçu les observateurs espérant un effet d’entraînement sur d’autres nations.

Plus révélateur encore, la Chine a décliné l’invitation à investir dans le fonds de conservation de la forêt tropicale de Lula, limitant les perspectives de lever les 25 milliards de dollars initialement prévus. Elle a également évité de soutenir une feuille de route claire pour l’abandon des énergies fossiles, restant le plus grand consommateur mondial de charbon.

Le Leadership par la Technologie Verte

Cependant, la Chine définit le leadership climatique à sa manière: Elle se concentre sur son leadership mondial en technologies propres.

Les géants verts chinois dominent la COP30 : BYD et Great Wall Motor ont fourni des centaines de véhicules pour l’événement, tandis que CATL (leader mondial des batteries), Longi (champion du solaire) et Alibaba organisent des événements bondés. Les exportations chinoises de technologies solaires, éoliennes, de batteries et de véhicules électriques auraient réduit les émissions mondiales de 1% en 2024.

Geng Shuang, représentant adjoint de la Chine à l’ONU, défend cette approche : la Chine est « l’un des pays avec l’engagement le plus fort, les actions les plus décisives, et les résultats les plus remarquables dans l’accomplissement de ses engagements de réduction des émissions. »

Une Diplomatie Climatique Active mais Discrète

En novembre, avant l’ouverture de la COP30, des dizaines de négociateurs climatiques chevronnés se sont réunis sur l’île tropicale de Hainan, en Chine, pour façonner l’agenda du sommet. Co-présidée par Xie Zhenhua, le doyen de la diplomatie climatique chinoise, cette réunion a rassemblé des décideurs verts d’Inde, d’Allemagne, d’Arabie Saoudite et du Brésil, affirmant l’importance du système multilatéral face au retrait américain.

Les Chinois y ont réaffirmé l’importance du système multilatéral. Mais cette diplomatie semble essentiellement défensive : combattre les barrières commerciales qui menacent les exportations chinoises plutôt que proposer une vision ambitieuse pour l’avenir climatique mondial.

Conclusion : Le Ballet des Contradictions

La COP30 de Belém s’annonce comme le théâtre de toutes les contradictions de notre époque : des leaders qui prêchent la transition tout en exploitant les ressources fossiles, des États américains qui résistent à leur propre gouvernement fédéral, une Chine qui domine le marché des technologies vertes sans assumer le leadership politique, et un système international fragilisé par les tensions géopolitiques.

Ces paradoxes ne sont pas nécessairement des échecs – ils reflètent la complexité réelle de la transition énergétique mondiale. La question qui se pose à Belém n’est pas de savoir si ces contradictions existent, mais plutôt comment les gérer de manière à progresser malgré tout vers les objectifs climatiques urgents.

Dans notre prochain article, nous examinerons les enjeux spécifiques des négociations et les attentes concrètes pour ce sommet crucial.


Les Ateliers du Futur – Analyse approfondie de la COP30 Publié le 11/11/2025