Dix ans après Paris, la COP30 acte la fin du cycle de négociation pour basculer vers la mise en œuvre. Comment se situent les résolutions de cette COP par rapport à l’appel à l’action que nous avons adressé aux leaders mondiaux?
Pour rappel:

Gouvernance mondiale et CDN
Le « Global Mutirão » (mobilisation collective) constitue l’équivalent de la réponse brésilienne à notre appel pour un renforcement de la gouvernance climatique. Le système de transparence renforcé (119 rapports bisannuels soumis) répond partiellement à la recommandation ADF de suivi renforcé, sans toutefois instaurer les réunions trimestrielles inter-COP préconisées.
Politiques publiques et trajectoires – CDN
Les 122 contributions déterminées au niveau national (CDN) soumises promettent collectivement -17 % d’émissions d’ici 2035 versus 2019, loin des -60 % requis pour 1,5 °C, dont la Chine avec un -7 à -10 % insuffisant.
Le texte encourage l’alignement contributions-stratégies à long terme et appelle à des plans de mise en œuvre et d’investissement, mais sans prescrire de bouquet de politiques (normes, subventions, tarification carbone) comme demandé par les ADF.
Sur le méthane, aucune référence au suivi de l’engagement COP28 ni à l’objectif -75 % d’ici 2030 pourtant central dans la QCR 4.
Finance climat
La COP30 confirme la feuille de route vers 1 300 milliards USD annuels d’ici 2035, mais sans les mécanismes concrets attendus. Trois avancées notables :
- Le programme de travail biennal sur les obligations de financement des pays développés,
- L’engagement à tripler les flux des fonds climat d’ici 2030,
- La reconnaissance explicite du besoin de dons pour l’adaptation.
Mais rien sur la recommandation ADF centrale : obliger les banques multilatérales de développement à offrir du 0% pour les projets verts. Les conditionnalités de dividendes et rachats d’actions pour entreprises sans plan de transition audité restent absentes.
Décarbonation des secteurs
3 absences critiques:
- Aucun mécanisme pour contraindre les plans de transition avec plafonnement des dividendes,
- Pas d’obligation de recherche-développement à 10% des flux pour grands émetteurs,
- Silence sur des subventions renforcées pour la géothermie et le biogaz.
Zoom sur le secteur banque-assurance
Mention marginale du secteur financier : le texte appelle à « aligner les flux financiers » et à « réduire les obstacles » d’accès à la finance climat, sans prescriptions contraignantes.
Aucune référence aux plans de transition obligatoires pour acteurs financiers, ni aux conditionnalités sur dividendes.
La COP30 rate l’occasion d’imposer une tarification carbone interne aux institutions financières.
L’accent mis sur la réforme de l’architecture financière internationale reste générique, sans mécanismes d’assurance des risques pour mobiliser le capital privé dans les pays en développement comme préconisé par les ADF.
Conclusion
De manière prévisible au vu de l’offensive anti-climat de l’axe pétrolier, qui inclut à présent les USA, cette COP a été sous immense contrainte. Les pressions adverses inédites ont réussi à retarder la prise de décisions critiques contraignantes. Il faut attendre le prochain changement politique aux USA pour que les choses reprennent un cours aligné sur l’intérêt général de l’humanité et le droit international!…
Une COP pour presque rien ? Ne sous estimons jamais la mise sous tension positive que permettent ces forums ou les partisans du progrès environnemental se retrouvent et se renforcent.
Cette année a également vu émerger à la COP quelques figures américaines qui ont voulu rassurer sur la pleine mobilisation des grands Etats démocrates pour soutenir la flamme de ce mouvement essentiel pour les générations futures et la sécurité de leur population à court/moyen terme! Une relève se prépare…
