L’Inde est confrontée à un défi inédit : répondre à une demande d’électricité qui explose tout en évitant de reproduire le détour fossile suivi par les économies aujourd’hui développées. Elle semble, sur certains aspects, emprunter un « raccourci électrique » en passant directement vers le solaire, l’électrification et les nouvelles technologies bas carbone. Mais ce raccourci suffira-t-il à faire reculer durablement le charbon ? 

Entre croissance rapide, explosion de la demande d’électricité, développement spectaculaire du solaire et persistance du charbon, l’Inde est au cœur du défi climatique mondial. Elle vise la neutralité carbone en 2070. Mais au regard de l’urgence climatique, n’est-ce pas trop tardif ? 

Une puissance démographique et économique au rôle mondial croissant 

Avec près de 1,48 milliard d’habitants, l’Inde est aujourd’hui le pays le plus peuplé du monde. Son PIB dépasse les 4 000 milliards de dollars et en fait la 4ème économie mondiale avant le Japon. La croissance reste exceptionnellement dynamique pour une grande économie : le FMI prévoit une progression du PIB de l’ordre de 6,4 % en 2026

L’Inde ambitionne de devenir un pays développé à l’horizon 2047, date du centenaire de son indépendance (projet Viksit Bharat 2047). Cette ambition implique une hausse considérable de la consommation d’énergie, de l’urbanisation, des transports et des besoins industriels. 

La transition climatique indienne est pensée avant tout comme un outil de développement économique. Pour New Delhi, la priorité reste la création d’emplois, l’accès à l’électricité, la sécurité énergétique et l’amélioration du niveau de vie. La décarbonation doit accompagner la croissance et non la freiner. 

Cette philosophie structure l’ensemble de la politique énergétique et climatique du pays. Elle est également liée à la position diplomatique traditionnelle de l’Inde qui souligne sa faible contribution historique au réchauffement et la responsabilité collective des pays industrialisés. 

L’Inde est une république fédérale dans laquelle les États disposent de compétences importantes en matière d’électricité, de transports, d’urbanisme, d’agriculture et de certaines politiques industrielles. La décarbonation ne se décide donc pas uniquement à New Delhi : elle résulte d’une action conjointe entre le gouvernement central et les autorités régionales, qui jouent un rôle majeur dans la mise en œuvre des politiques climatiques. 

Le troisième émetteur mondial mais des émissions par habitant encore modestes 

En 2024, l’Inde a émis environ 3,2 milliards de tonnes de CO₂, soit environ 8 % des émissions mondiales. 

Le pays est désormais le troisième émetteur mondial de CO₂, derrière la Chine et les États-Unis. Cette position s’explique par son poids démographique, même si les émissions par habitant restent en deçà de la moyenne mondiale de 2 tonnes par habitant, et par une croissance économique forte.  

Selon les estimations de l’AIE, les émissions de CO₂ liées à l’énergie de l’Inde sont restées globalement stables en 2025, après une hausse de 5,3 % en 2024. Cette évolution constitue un signal encourageant, mais elle doit encore être confirmée dans la durée : la baisse de 2025 a été fortement favorisée par une mousson exceptionnellement précoce et abondante, qui a réduit la demande de climatisation et accru la production hydroélectrique. 

Les émissions indiennes totales continuent néanmoins d’augmenter avec l’industrialisation, l’urbanisation, la motorisation et l’élévation du niveau de vie.  

La stratégie indienne ne repose pas, à court terme, sur une diminution rapide des émissions absolues. Elle cherche plutôt à faire en sorte que les émissions progressent moins vite que l’activité économique, puis à inverser progressivement cette dynamique dans le cadre de la trajectoire vers la neutralité carbone en 2070. Cet objectif a été annoncé par le Premier ministre Modi le 1er novembre 2021, lors du sommet des dirigeants de la COP26 à Glasgow. 

Source : World data 

Une stratégie climatique fondée sur le couple croissance-décarbonation 

La politique climatique indienne repose sur un principe simple : le développement économique reste la priorité nationale, mais ce développement doit progressivement devenir moins carboné

Dans sa stratégie de long terme soumise aux Nations unies en 2022, l’Inde présente la transition comme un processus progressif, fondé sur l’équité, la justice climatique et les circonstances nationales. Sa stratégie identifie notamment sept grandes transitions : décarbonation du système électrique, transformation des transports, efficacité énergétique des bâtiments, décarbonation de l’industrie, développement des puits de carbone et des solutions de retrait du CO₂, amélioration des forêts et mobilisation des financements. 

Cette stratégie mobilise donc plusieurs leviers : développement des renouvelables, électrification des usages, efficacité énergétique, hydrogène vert, nucléaire, stockage, réseaux électriques et amélioration de l’efficacité industrielle. 

L’objectif n’est pas de reproduire le modèle européen de réduction des émissions. New Delhi cherche plutôt à réaliser un découplage progressif entre croissance économique et émissions, avec un objectif ultime de neutralité carbone en 2070. A titre de comparaison, La Chine a un objectif de neutralité carbone avant 2060, soit 10 ans avant l’Inde 

Cet objectif s’inscrit dans la vision nationale Viksit Bharat 2047, qui ambitionne de faire de l’Inde un pays développé d’ici 20 ans. 

Une nouvelle CDN 2031-2035 qui renforce les objectifs de l’Inde 

En mars 2026, l’Inde a publié une nouvelle CDN (Contribution Déterminée au niveau National) couvrant la période 2031-2035. Elle prévoit une réduction de 47 % de l’intensité carbone du PIB par rapport à 2005, une part de 60 % de capacités électriques installées non fossiles et un renforcement des puits de carbone forestiers. 

Cette évolution constitue un progrès réel mais limité. Fidèle à son approche historique, l’Inde continue de privilégier la réduction de l’intensité carbone plutôt qu’un plafonnement des émissions absolues. Cette stratégie permet au pays de poursuivre une croissance rapide tout en améliorant progressivement son efficacité carbone. Elle implique toutefois que les émissions nationales puissent encore augmenter pendant plusieurs années si la croissance économique demeure plus rapide que la baisse de l’intensité carbone. 

La trajectoire indienne repose ainsi sur une succession d’étapes : forte croissance économique, électrification, développement accéléré des capacités bas carbone, puis diminution progressive des émissions absolues à mesure que le système énergétique se transforme. 

La question du financement constitue l’un des principaux défis de cette transition. Selon le groupe de réflexion gouvernemental, NITI Aayog, l’Inde aurait besoin d’environ 22 700 milliards de dollars d’investissements cumulés pour atteindre la neutralité carbone en 2070. Les autorités indiennes continuent donc de défendre la nécessité d’un soutien accru des pays développés et des institutions financières internationales. 

Source : Climate Action Tracker 

Une CDN bâtie sur l’intensité carbone plutôt que sur les émissions totales 

La spécificité de la politique climatique indienne demeure son choix de privilégier la baisse de l’intensité carbone du PIB plutôt qu’une réduction absolue des émissions. 

Cette approche permet au pays de poursuivre une croissance économique rapide tout en améliorant progressivement son efficacité carbone. 

Elle comporte toutefois une limite évidente : les émissions absolues peuvent continuer à augmenter pendant de nombreuses années si la croissance économique reste supérieure au rythme de réduction de l’intensité carbone

La stratégie indienne doit donc être comprise comme une trajectoire en plusieurs étapes : forte croissance économique, réduction de l’intensité carbone, développement accéléré des capacités bas carbone, puis diminution progressive des émissions absolues à mesure que le système énergétique se transforme. 

Le charbon, talon d’Achille de la transition énergétique 

Le charbon demeure le principal paradoxe de la stratégie climatique indienne. 

Le charbon reste de très loin la première source d’électricité, avec environ 71 % de la production électrique en 2025. 

L’Inde continue parallèlement à développer ses capacités renouvelables et à investir dans de nouvelles centrales thermiques afin de répondre à la croissance de la demande électrique et de garantir la sécurité d’approvisionnement. 

La production nationale de charbon a franchi pour la première fois le seuil du milliard de tonnes en 2024-2025, contre 998 millions de tonnes l’année précédente. 

Le gouvernement indien considère cette production nationale comme un élément de sécurité énergétique et de réduction de la dépendance aux importations. 

Le charbon constitue donc le principal point de tension de la stratégie climatique indienne : le pays développe massivement les énergies propres tout en maintenant et en augmentant encore, à court terme, son recours au charbon

Cette contradiction est particulièrement importante au regard des scénarios climatiques compatibles avec l’objectif de 1,5 °C. Elle explique pourquoi le « Climate Action Tracker » considère toujours que les politiques indiennes sont insuffisantes au regard de cette trajectoire, malgré les progrès rapides des renouvelables. 

La forte dépendance de l’Inde aux importations d’hydrocarbures expose le pays aux risques géopolitiques affectant les routes maritimes et les marchés internationaux de l’énergie (Cf. tensions actuelles autour du détroit d’Ormuz). Elle renforce les préoccupations indiennes en matière de sécurité énergétique. Dans ce contexte, le charbon conserve aux yeux des autorités un rôle stratégique, en tant que ressource largement disponible sur le territoire national et moins exposée aux risques géopolitiques affectant les importations d’hydrocarbures. 

Source : IEA 

Le gaz naturel : un levier de transition encore sous-exploité 

Le gaz naturel occupe aujourd’hui une place relativement modeste dans le système énergétique indien, mais les autorités le considèrent comme un combustible de transition susceptible de contribuer à la réduction de la dépendance au charbon et aux importations de pétrole.  

L’Inde dispose de réserves nationales mais la production domestique demeure insuffisante pour satisfaire la demande, ce qui conduit le pays à recourir massivement aux importations de gaz naturel liquéfié (GNL). 

Le pays investit également dans l’extension de ses terminaux méthaniers, de ses infrastructures de stockage et de son réseau de gazoducs afin d’améliorer l’accès au gaz pour l’industrie, la production d’électricité, les transports et les usages urbains. New Delhi affiche depuis plusieurs années l’ambition d’augmenter sensiblement la part du gaz dans son mix énergétique, considérant cette énergie comme une solution intermédiaire permettant de limiter le recours au charbon tout en garantissant la sécurité d’approvisionnement.  

L’électrification massive au service du développement 

L’Inde considère l’électricité comme l’un des principaux vecteurs de son développement et de sa transition énergétique. 

La consommation d’électricité par habitant reste faible comparativement aux économies développées. Elle devrait néanmoins augmenter fortement avec l’industrialisation, l’urbanisation, l’équipement des ménages et la diffusion de la climatisation. 

La demande électrique est appelée à croître rapidement dans l’industrie, les bâtiments, les transports et les usages domestiques. Pour accompagner cette progression, le gouvernement investit dans les réseaux, les interconnexions, les compteurs intelligents, le stockage et la modernisation du système électrique. 

L’enjeu climatique est donc double : produire beaucoup plus d’électricité tout en faisant progressivement baisser son contenu carbone

Cette transformation constitue probablement l’un des défis les plus importants de la stratégie indienne : augmenter fortement son offre électrique et réduire sa dépendance au charbon. 

L’AIE estime que la demande d’électricité de l’Inde a augmenté de près de 430 TWh entre 2021 et 2025. Surtout, elle prévoit qu’elle augmentera encore de plus de 570 TWh entre 2025 et 2030, soit une croissance moyenne de 6,4 % par an

Les renouvelables, vitrine de la transition indienne 

La stratégie de décarbonation indienne s’appuie notamment sur le Production Linked Incentive (PLI), principal instrument de politique industrielle du gouvernement indien. Il vise en particulier à développer une filière solaire nationale et plus largement les technologies bas carbones. Le PLI consacré aux modules photovoltaïques dispose ainsi d’une enveloppe d’environ 2,7 milliards d’euros

Cette politique accompagne une progression spectaculaire des renouvelables. En une dizaine d’années, l’Inde est devenue l’un des principaux marchés mondiaux du solaire et développe rapidement l’éolien, le stockage et les réseaux de transmission. Cette dynamique ouvre une possibilité originale : répondre à une part croissante de la hausse de la demande d’électricité sans passer par une nouvelle phase de développement massif des énergies fossiles. 

C’est ce que met en évidence une analyse d’Ember, reprise dans un article des Ateliers du Futur, en comparant l’Inde actuelle à la Chine lorsqu’elle se trouvait à un niveau de développement économique comparable. L’Inde produit aujourd’hui davantage d’électricité solaire, brûle moins de combustibles fossiles et électrifie ses transports plus rapidement que la Chine au même stade de son développement. Cette différence est importante : lorsque la Chine connaissait son accélération industrielle, les technologies solaires et d’électrification étaient moins matures et plus coûteuses. L’Inde dispose donc aujourd’hui d’une possibilité que la Chine n’avait pas au même stade : électrifier directement une partie de sa croissance avec des technologies bas carbone. 

Les résultats sont déjà visibles. L’objectif de 50 % de capacité électrique installée non fossile à l’horizon 2030 a été atteint dès juin 2025, cinq ans avant l’échéance. La nouvelle CDN porte désormais cet objectif à 60 % en 2035. Mais cette progression des capacités ne doit pas être confondue avec la production réelle : en 2025-2026, les sources non fossiles n’ont représenté qu’environ 29,2 % de la production électrique.  

Le « raccourci électrique » ne signifie donc pas que l’Inde est déjà sortie du modèle fossile. Le charbon reste au cœur de son système électrique. L’évolution est néanmoins significative : la croissance de la demande est de moins en moins couverte par le charbon. 

L’enjeu des prochaines années sera donc déterminant : l’Inde parviendra-t-elle à absorber l’explosion de sa demande d’électricité principalement grâce aux sources bas carbone, plutôt qu’en augmentant durablement sa production de charbon ? C’est là que se joue la réussite du « raccourci électrique ». 

Cette transition soulève toutefois une autre question : celle de la souveraineté industrielle. Malgré les efforts du PLI pour développer une industrie nationale des technologies bas carbone, l’Inde reste fortement dépendante de la Chine pour certains composants stratégiques, notamment les cellules et modules photovoltaïques ainsi que plusieurs intrants des filières batteries et électriques. 

Elle demeure également vulnérable pour l’approvisionnement en minerais critiques — lithium, cobalt, nickel et terres rares — indispensables au développement des véhicules électriques et du stockage. La maîtrise de ces chaînes d’approvisionnement constitue donc à la fois un enjeu de décarbonation et de souveraineté industrielle. 

Capacités au 31 mars 2026: 

☀️ Solaire : 150,26 GW 

🌬️ Éolien : 56,09 GW 

              💧 Hydroélectricité : 51,41 GW 

⚛️ Nucléaire : 8,78 GW 

Le nucléaire, un pari stratégique  

Le nucléaire joue encore un rôle limité dans le système électrique indien. La capacité nucléaire actuellement en exploitation est d’environ 8,8 GW

Mais sa place pourrait fortement augmenter. 

Le gouvernement a annoncé une Nuclear Energy Mission visant une capacité nucléaire de 100 GW en 2047. La capacité devrait d’abord atteindre environ 22 GW en 2031-2032 grâce aux projets déjà engagés. Le gouvernement prévoit ensuite une accélération massive des investissements, avec notamment le développement de réacteurs indigènes et de petits réacteurs modulaires. 

Cette ambition doit toutefois être interprétée comme un objectif stratégique de long terme, et non comme une trajectoire déjà acquise. Passer de moins de 9 GW à 100 GW représente un changement d’échelle industriel considérable. 

Le nucléaire est considéré par New Delhi comme une source d’électricité bas carbone, pilotable et disponible en continu, capable de compléter les renouvelables et de réduire à terme la dépendance aux combustibles fossiles. 

L’Inde entend accélérer le développement de son parc nucléaire en s’appuyant à la fois sur ses capacités nationales et sur des coopérations internationales (Russie, France, Etats-Unis).  

    Les transports : électrification, biocarburants et hydrogène 

    Le secteur des transports constitue un autre domaine où la demande d’énergie devrait fortement augmenter avec l’urbanisation et la hausse des revenus. 

    L’Inde mise sur plusieurs solutions simultanément : véhicules électriques, transports collectifs, électrification du rail, biocarburants et hydrogène. 

    Selon les estimations, l’Inde dispose aujourd’hui d’un parc d’environ 55 millions de véhicules particuliers à quatre roues. Bien que le marché des véhicules électriques progresse rapidement, ceux-ci ne représentent encore qu’une faible part du parc total, de l’ordre de 1 % environ. En revanche, sur les ventes récentes, la pénétration des voitures électriques a fortement augmenté pour atteindre environ 4,3 % des nouvelles immatriculations en 2025, ce qui montre une accélération de l’adoption de cette technologie.  

    Le gouvernement soutient la production nationale de batteries, les infrastructures de recharge et la fabrication de véhicules électriques. 

    Les biocarburants occupent également une place importante, notamment avec l’augmentation de l’incorporation d’éthanol dans l’essence. 

    L’hydrogène vert est enfin considéré comme une technologie potentiellement importante pour les secteurs difficiles à électrifier, notamment certaines applications industrielles et les transports lourds. 

    La logique est la même que dans le secteur électrique : réduire la dépendance aux importations d’hydrocarbures tout en accompagnant l’augmentation de la mobilité

    Le reporting ESG devient progressivement un levier de transformation des entreprises 

    L’Inde a fortement renforcé son cadre de reporting extra-financier avec le dispositif Business Responsibility and Sustainability Reporting (BRSR)

    Depuis l’exercice 2022-2023, les 1 000 principales entreprises cotées selon leur capitalisation boursière doivent produire un BRSR. Le dispositif couvre notamment les questions environnementales, sociales et de gouvernance, avec des indicateurs portant sur les émissions, l’énergie, l’eau, les déchets et d’autres dimensions de la durabilité. 

    Le BRSR Core, destiné à renforcer la fiabilité de certains indicateurs ESG, fait l’objet d’une mise en œuvre progressive. L’obligation d’assurance raisonnable concerne les 150 premières sociétés pour 2023-2024, puis 250, 500 et enfin les 1 000 premières entreprises en 2026-2027. 

    Cette évolution rapproche progressivement le marché indien des pratiques internationales de mesure et de vérification des performances environnementales. 

    Elle peut également favoriser la diffusion des politiques de décarbonation au-delà du secteur énergétique, dans les grandes entreprises industrielles et leurs chaînes d’approvisionnement. 

    Une ambition encore insuffisante : quelle pression internationale ? 

    L’Inde a incontestablement engagé une transformation profonde de son système énergétique. Le développement spectaculaire du solaire, la progression de l’éolien, l’électrification, les investissements dans les réseaux et le stockage témoignent d’une véritable accélération de la transition. Mais ces progrès ne doivent pas masquer une réalité essentielle : les émissions indiennes restent très élevées et le charbon demeure au cœur du système énergétique.  

    L’objectif de neutralité carbone en 2070 apparaît dès lors trop tardif. Plus encore que la date finale, c’est l’absence d’une trajectoire suffisamment précise de réduction des émissions et de sortie des combustibles fossiles qui pose problème. La nouvelle CDN 2031-2035 constitue un progrès, mais elle permet encore une croissance des émissions. 

    La question est donc de savoir comment agir auprès de l’Inde pour accélérer sa décarbonation sans compromettre son développement. 

    La communauté internationale dispose de plusieurs leviers. Elle peut exercer une pression diplomatique accrue pour obtenir des objectifs intermédiaires plus ambitieux ; conditionner une partie des financements climatiques à des résultats mesurables ; faciliter l’accès aux technologies bas carbone ; utiliser les politiques commerciales pour favoriser les productions décarbonées ; et surtout financer la reconversion des régions et des travailleurs dépendants du charbon. 

    L’Inde dispose pourtant d’un atout majeur : elle peut encore éviter une partie du « détour fossile » suivi par les économies aujourd’hui développées. L’Inde électrifie rapidement son économie et développe massivement le solaire, sans reproduire entièrement la trajectoire suivie par la Chine au même stade de son développement. Le « raccourci électrique » est donc possible

    C’est précisément pourquoi l’ambition doit être relevée. Si l’Inde parvient à satisfaire une part croissante de sa nouvelle demande énergétique grâce à une électricité décarbonée, elle peut transformer la contrainte climatique en avantage économique et géopolitique. 

    Ces leviers pourraient faire l’objet d’un pacte climatique avec l’Inde : un soutien accru en échange d’une trajectoire de réduction des émissions absolues, d’un calendrier de sortie du charbon et d’un objectif de neutralité carbone avancé. C’est précisément le sens du Call for Action porté par les Ateliers du Futur dans leur Quarterly Climate Review : appeler les dirigeants politiques à relever leurs ambitions, à renforcer leurs engagements et à accélérer la mobilisation des moyens nécessaires. 

    L’objectif n’est plus seulement de promettre la neutralité carbone, mais de l’atteindre le plus rapidement possible.  

    Principales sources :  

    1. UNFCCC – India NDC 2031–2035/2070 : objectifs climatiques officiels. 
    1. Government of India / PMO / PIB : politique énergétique et climatique indienne. 
    1. IEA – India : données énergétiques et électriques. 
    1. IEA – Global Energy Review 2026 : données récentes sur le mix électrique. 
    1. Ministry of Coal : production et consommation de charbon. 
    1. Climate Action Tracker : évaluation critique de la trajectoire indienne. 
    1. SEBI : réglementation BRSR et BRSR Core. 
    1. IMF / World Bank : données économiques et démographiques.