Palmarès des trajectoires Climat 2026 du CAC 40
Pour la cinquième année, Les Ateliers du Futur ont passé au crible les trajectoires climat des entreprises du CAC 40, à partir de leurs documents d’enregistrement universel relatifs à l’exercice 2025.
Le Palmarès 2026 évalue cinq dimensions complémentaires :
- les objectifs à 2030,
- le plan d’actions à 2030,
- les moyens financiers consacrés à leur mise en œuvre,
- la stratégie à 2050 et
- la gouvernance climat.
L’objectif n’est donc pas seulement de mesurer les ambitions affichées par les entreprises, mais d’évaluer la crédibilité de leur trajectoire de décarbonation : les objectifs sont-ils alignés avec l’Accord de Paris ? Sont-ils accompagnés d’un plan d’action, d’un financement identifié, d’une trajectoire 2050 et d’un pilotage au niveau de la direction générale ?
Le secteur Énergie & Utilities
Le secteur Énergie & Utilities rassemble quatre entreprises du CAC 40 — Engie, TotalEnergies, Air Liquide et Veolia — dont les métiers (production et fourniture d’énergie, hydrocarbures, gaz industriels, eau et déchets) ont en commun d’être intensifs en carbone dans leurs propres opérations, et non seulement dans leur chaîne de valeur. C’est la différence majeure avec les autres secteurs du Palmarès : ici, les scopes 1 et 2 pèsent de 12 % (TotalEnergies) à 58 % (Air Liquide) de l’empreinte, et la décarbonation passe par la transformation de l’outil industriel lui-même.
Les quatre entreprises déclarent ensemble près de 630 MtCO₂e d’émissions de gaz à effet de serre en 2025, tous scopes confondus et sur un périmètre mondial — 1,8 fois les émissions territoriales de la France (359 MtCO₂e en 2025), les périmètres n’étant pas directement comparables. TotalEnergies en représente 60 % (379 MtCO₂e, dont 335 Mt pour l’usage des produits vendus) et Engie 23 % (145 MtCO₂e).
Leurs seules émissions directes de scope 1 — 42 Mt chez TotalEnergies, 22 Mt chez Engie, 18 Mt chez Veolia, 15 Mt chez Air Liquide — totalisent 97 MtCO₂e, soit plus du quart des émissions territoriales françaises.
Cette intensité carbone commande la lecture des résultats : la question centrale est celle du rythme de transformation des actifs — sortie du charbon, électrification, captage du CO₂, part des renouvelables dans le mix — et de la capacité des groupes à fixer sur l’usage de leurs produits des objectifs en valeur absolue.
Alors, où en sont réellement les énergéticiens du CAC 40 ? Ont-ils fixé des objectifs suffisamment ambitieux ? Ont-ils défini les plans d’action et les financements nécessaires ? Leur trajectoire 2050 est-elle crédible ? Et comment le climat est-il intégré dans leur gouvernance ?
C’est ce que nous avons analysé à travers les cinq dimensions du Palmarès 2026.
Énergie & Utilities : le premier du Palmarès et trois des dix derniers
Classement des 4 entreprises dans le Palmarès non financier des entreprises du CAC 40 et notes sur 10

Notes sur 6 dans les 5 dimensions du Palmarès
Engie atteint 9,5/10, la meilleure note des 40 groupes évalués, et constitue la référence du Palmarès. Veolia (2,5/10), Air Liquide (2,0/10) et TotalEnergies (1,5/10) relèvent tous trois de la catégorie « très insuffisant ».
Engie progresse de 1,5 point par rapport à 2025, grâce au chiffrage complet de son financement (D3 de 0 à 6). Les trois autres reculent. Air Liquide (−1 point) et TotalEnergies (−1,5 point) perdent sur le plan d’actions, la grille 2026 exigeant désormais une baisse avérée des émissions d’au moins 4,2 %/an depuis l’année de référence, qu’aucun d’eux n’atteint. Veolia (−0,5 point) progresse sur le financement et la trajectoire 2050 mais recule en gouvernance.
1. Objectifs 2030 : Seul Engie est au niveau requis
| Moyenne du secteur : 1,5/6 | Moyenne du CAC 40 : 3,6/6 |
Une seule entreprise sur quatre obtient 6/6 : Engie. Les trois autres obtiennent 0/6.
C’est la dimension où le retard du secteur est le plus marqué (−2,1 points). La grille exige un objectif 2030 en valeur absolue, sur les trois scopes, validé par SBTi ou aligné sur le scénario Net Zéro de l’AIE — et trois groupes sur quatre n’en ont pas.
Engie vise 120 à 140 MtCO₂e en 2030 contre 265 Mt en 2017, soit −47 % à −55 % en valeur absolue sur les scopes 1, 2 et 3 avec une couverture de 100 %. L’objectif est validé SBTi (well below 2 °C) et le rythme de −4,2 %/an est aligné sur une trajectoire 1,5 °C intersectorielle.
Veolia a des objectifs validés SBTi — −50 % sur les scopes 1+2 et −30 % sur le scope 3 par rapport à 2021 — mais fixés à 2032 et non 2030, et son scope 3 n’est couvert qu’à 67 %, sous le seuil de 80 %.
Air Liquide n’a aucun objectif 2030 : son objectif scopes 1+2 est fixé à 2035 (−33 %, validé SBTi well below 2 °C) et le scope 3 n’a pas d’objectif quantitatif.
TotalEnergies affiche des objectifs en valeur absolue mais qui ne sont alignés ni sur SBTi ni sur le scénario Net Zéro de l’AIE : −40 % sur les scopes 1+2 par rapport à 2015, soit environ −33 % par rapport à 2019, sous le seuil de −42 % ; et un plafond de 400 Mt sur l’usage des produits vendus (90 % des émissions de 2015), soit −2 % seulement.
Globalement, le secteur illustre la difficulté à prendre un engagement 2030 en valeur absolue quand l’outil industriel est au cœur de l’empreinte. Engie montre pourtant que c’est possible, y compris pour un producteur d’électricité et de gaz.
2. Plans d’actions 2030 : Seule Engie fait baisser suffisamment ses émissions
| Moyenne du secteur : 2,5/6 | Moyenne du CAC 40 : 2,6/6 |
Une entreprise atteint 6/6 : Engie. Veolia et TotalEnergies obtiennent 2/6, Air Liquide 0/6.
Le secteur est au niveau du CAC 40, mais pour une raison simple : un seul groupe fait baisser ses émissions au rythme de −4,2 %/an qu’exige une trajectoire 1,5 °C.
Plan chiffré et éprouvé (6/6) : Engie.
Engie publie une Dancing Box qui chiffre chaque levier — −61 Mt sur la production d’électricité, −30 Mt sur la vente de commodités — et ses émissions totales ont reculé de 265 Mt en 2017 à 145 Mt en 2025, soit −7,2 %/an en moyenne composée. Le plan affiché et sa réalisation sont cohérents.
Plan publié mais efficacité non démontrée (2/6) : Veolia, TotalEnergies.
Veolia publie une Dancing Box sur les scopes 1 et 2 (24,3 Mt en 2021, 12,2 Mt visés en 2032), mais ses émissions totales ne reculent que de 1,5 %/an depuis 2021 : l’essentiel de la baisse reste à réaliser sur les années restantes.
TotalEnergies publie ses leviers, mais la baisse réelle est de −3,3 %/an sur les scopes 1+2 et de −2,0 %/an sur le scope 3, sous le seuil.
Plan partiel et sans résultat (0/6) : Air Liquide.
Air Liquide ne publie que trois leviers sur les scopes 1 et 2, couvrant environ 39 Mt sur 58 Mt d’émissions totales, sans Dancing Box à 2030 ; la baisse de ses scopes 1+2 plafonne à −2,75 %/an depuis 2020 et ses émissions totales sont stables.
Globalement, deux situations se dessinent : une mise en œuvre trop lente chez Veolia, dont le plan est chiffré mais dont les résultats tardent ; des plans insuffisamment dimensionnés chez TotalEnergies et Air Liquide, où le rythme réel de −2 à −3 %/an n’est pas celui d’une trajectoire alignée sur l’Accord de Paris.
3. Financement 2030 : le point fort relatif du secteur
| Moyenne du secteur : 3,5/6 | Moyenne du CAC 40 : 2,4/6 |
Une entreprise atteint 6/6 : Engie. Veolia et TotalEnergies obtiennent 4/6, Air Liquide 0/6.
C’est la dimension où le secteur devance le plus nettement le CAC 40 (+1,1 point). Les énergéticiens investissent dans des actifs physiques et savent chiffrer des CAPEX — à une exception près.
Engie est le seul groupe du Palmarès avec Sanofi à obtenir 6/6 : 4 Md€ de CAPEX climat en 2025 et 25 à 28 Md€ sur 2026-2028, pour un plan de croissance aligné à 84 % sur la taxonomie européenne.
Veolia chiffre ses CAPEX majeurs — 1,6 Md€ pour la conversion du charbon, 85 M€ pour le captage du biogaz, une enveloppe GreenUp de 5 Md€ sur 2024-2027 — sans décomposition par levier.
TotalEnergies publie 2 à 3 Md$ par an pour l’électricité intégrée, 100 M$ par an pour le captage et stockage du CO₂ et 150 M€ pour La Mède, soit 3 à 4 Md$ par an de CAPEX climat, supportables au regard de ses cash-flows, mais sans chiffrage par levier.
Air Liquide obtient 0/6 : aucun plan CAPEX climat 2030 n’est publié, seules trois obligations vertes pour 1,5 Md€, alors que le groupe investit 4,2 Md€ par an et que l’enjeu industriel est significatif (58 MtCO₂e).
Globalement, le secteur montre que le chiffrage des moyens est à sa portée. Il lui reste à relier ces enveloppes à chaque levier et à son impact carbone attendu.
4. Trajectoire 2050 : Veolia en référence, TotalEnergies absent
| Moyenne du secteur : 3,5/6 | Moyenne du CAC 40 : 3,1/6 |
Une entreprise atteint 6/6 : Veolia. Engie et Air Liquide obtiennent 4/6, TotalEnergies 0/6.
Veolia dispose de la trajectoire la plus solide du secteur : Net Zéro 2050 avec −90 % en valeur absolue par rapport à 2021, compensation résiduelle limitée à 10 %, et un plan technologique chiffré reposant sur des procédés matures — conversion du charbon, 200 M€ de captage du biogaz.
Engie a décidé un Net Zéro dès 2045, avec des leviers identifiés et une compensation inférieure à 10 %, mais ses jalons 2035 et 2040 pour la production électrique ne sont pas conformes au scénario Net Zéro de l’AIE, qui prévoit une production électrique neutre en 2040, et la trajectoire long terme n’est pas validée par SBTi.
Air Liquide a décidé une neutralité carbone 2050 alignée sur le scénario de l’AIE, mais sans validation SBTi long terme ni plan chiffré à 2030 pour les technologies non matures.
TotalEnergies obtient 0/6 : son ambition Net Zéro 2050 ne porte que sur les scopes 1 et 2, et le groupe indique ne pas être en mesure de définir une ambition Net Zéro au sens de la CSRD sur l’ensemble de son empreinte, dont 90 % relève de l’usage des produits vendus.
Globalement, le secteur est au-dessus du CAC 40, mais seul Veolia a une trajectoire 2050 à la fois complète, validée et fondée sur des technologies matures. L’enjeu, pour Engie et Air Liquide, est d’aligner les jalons intermédiaires sur le scénario de l’AIE et de faire valider leur trajectoire ; pour TotalEnergies, de décider d’un Net Zéro couvrant les produits vendus.
5. Gouvernance climat : le secteur le mieux piloté du CAC 40
| Moyenne du secteur : 5,0/6 | Moyenne du CAC 40 : 4,0/6 |
Deux entreprises atteignent 6/6 : Engie et TotalEnergies. Veolia et Air Liquide obtiennent 4/6.
C’est la meilleure dimension du secteur, un point au-dessus de la moyenne du CAC 40 et la meilleure moyenne de tous les secteurs non financiers sur cette dimension.
Chez Engie, les indicateurs d’émissions sont revus chaque trimestre au Comex depuis 2023. Chez TotalEnergies, le PDG préside le Comex qui pilote la stratégie climat, avec une présentation climat systématique en Comex depuis 2025.
Veolia et Air Liquide obtiennent 4/6 : le climat y est porté au comité exécutif, mais sans pilotage direct de la direction générale. Chez Veolia, un comité ESG dirigé par la DGA finance, membre du Comex, pilote le sujet, avec un reporting semestriel au Comex. Chez Air Liquide, le responsable climat est membre de droit du Comex et un comité des risques mensuel aborde la décarbonation, mais aucune inscription trimestrielle du climat au Comex général n’est documentée.
Globalement, le secteur a installé le climat au sommet de ses organisations — ce qui rend d’autant plus frappant l’écart entre ce pilotage et les résultats chez trois groupes sur quatre.
En synthèse
Le secteur Énergie & Utilities obtient 3,9/10, contre 4,7/10 pour le CAC 40. Il est nettement en retard sur les objectifs 2030, au niveau sur les plans d’actions, et en avance sur le financement, la trajectoire 2050 et la gouvernance.
Ce profil est celui d’un secteur qui sait piloter et financer, mais dont trois groupes sur quatre n’ont ni objectif 2030 en valeur absolue aligné sur l’Accord de Paris, ni baisse d’émissions au rythme requis.
Chez Veolia, l’enjeu est d’exécution : le plan et la trajectoire 2050 sont là, les résultats tardent.
Chez TotalEnergies et Air Liquide, l’enjeu est de dimensionnement : les plans publiés ne permettent pas une baisse de −4,2 %/an, et l’usage des produits vendus — 90 % de l’empreinte de TotalEnergies — reste sans objectif de réduction significatif.
Engie constitue l’exemple à suivre, pour le secteur comme pour l’ensemble du CAC 40 : des objectifs absolus validés sur les trois scopes, une Dancing Box lisible par activité, des émissions divisées par près de deux depuis 2017, 25 à 28 Md€ de CAPEX chiffrés et une revue trimestrielle en Comex. Il lui reste à aligner ses jalons 2035-2040 sur le scénario Net Zéro de l’AIE.
Avec 630 MtCO₂e déclarées, dont 97 Mt d’émissions directes — plus que tout autre secteur du Palmarès sur le scope 1 —, les plans d’actions de ces quatre groupes seront déterminants.
Sources
- Les Ateliers du Futur, Palmarès Trajectoires Climat 2026, grille de scoring des groupes non financiers.
- Decks d’évaluation adressés aux quatre groupes (Engie, TotalEnergies, Air Liquide, Veolia), établis à partir des documents d’enregistrement universel 2025.
- Synthèse des émissions GES 2025 des groupes du CAC 40 (Les Ateliers du Futur, 11/09/2026), d’après les DEU 2025.
- Citepa, Secten 2026 : émissions de GES de la France en 2025, 359 MtCO₂e hors UTCATF.
