Notre Palmarès 2025 des Trajectoires Climat du CAC 40 avait alerté : 1/3 seulement des groupes du CAC 40 atteignaient ou dépassaient la note globale de 7/10, avec une forte hétérogénéité. 

Notre Palmarès 2026, plus exigeant car l’échéance 2030 se rapproche, montre que moins d’un quart des groupes du CAC 40 (9 sur 40) atteignent ou dépassent la note de 7/10. 

Conformément à notre raison d’être, nous consacrons une série d’articles aux meilleures pratiques qui expliquent les meilleurs scores.

Notre Palmarès 2026 octroie à 6 groupes la note maximale de 6/6 sur les deux dimensions de la fixation des objectifs 2030 et de la qualité de leur plan de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre. Ces notes de 6 sont obtenues si l’entreprise réunit les conditions suivantes :

  • Fixation d’un objectif de baisse des émissions de GES d’ici 2030 en valeur absolue d’au moins 42%, validé par le SBTi ou aligné sur les ambitions de l’IEA, et défini sur les 3 scopes (100% des scopes S1+S2 et au moins 80% du scope 3),
  • Identification des leviers de décarbonation sur au moins 2/3 des émissions de GES, et baisse des GES réalisée depuis l’année de référence ≥ 4,2 %/an.

🚨 Rappelons l’urgence : selon l’Emission Gap Report 2024 de l’UNEPdes réductions de 42 % d’ici 2030 (versus 2019) sont nécessaires en valeur absolue pour rester sur une trajectoire 1,5 °C. C’est précisément à cette aune — objectifs chiffrés, en valeur absolue, validés par la science — que nous avons passé au crible les publications CSRD (ESRS E1) 2025 de ces six groupes.

Les 6 groupes du CAC 40 ayant obtenu dans notre Palmarès la note de 6/6 sur la fixation des objectifs de réduction des gaz à effets de serre et la réalisation des plans de décarbonation d’ici 2030 sont : Bouygues, Danone, Engie, LVMH, Orange et Pernod Ricard.

Quelles sont leurs bonnes pratiques en ces matières ?

1. Les objectifs 2030 : la hauteur du Vouloir-Faire

Cinq de ces six groupes expriment leurs objectifs 2030 en valeur absolue de tonnes de CO2 équivalent, l’exigence la plus forte car elle implique une baisse des émissions indépendamment de la croissance de l’activité — exactement ce que demande l’UNEP. 

Engie, du fait de son métier de producteur et fournisseur d’énergie, formule ses objectifs SBTi en intensité carbone (g CO2/kWh), approche validée par la SBTi pour le secteur Power — et les complète par un plafond d’émissions 2030 en valeur absolue (120-140 Mt CO2 éq., contre 265 Mt en 2017 et 145 Mt en 2025).

GroupeAnnée de référenceObjectif Scope 1+2 à 2030Objectif Scope 3 à 2030Validation
Bouygues2019Cibles par métier, en valeur absolue (ex. Colas : -46,5 %)S3 amont : -30 % en valeur absolue (« well-below 2 °C », cibles par métier)SBTi (2024 / 2021)
Danone2020-46,3 % en valeur absolue (base 21,9 MtCO2e)Énergie/Industrie : -42 % ; FLAG : -30,3 % (valeur absolue)SBTi (1,5 °C)
Engie2017Intensité carbone production : -66 % (déjà -59 % en 2025) ; plafond groupe 2030 en valeur absolue : 120-140 Mt CO2 éq.Intensité ventes d’énergie : -56 % ; autres émissions S3 : -32,5 % (en intensité, non en valeur absolue)SBTi Well-below 2 °C
LVMH2023-68 % en valeur absolueFLAG : -27 % ; Énergie & Industrie : -23 % (valeur absolue)SBTi (déc. 2024)
Orange20203 scopes réunis : -45 % en valeur absolue (6,5 → 3,6 MtCO2e)Objectif unique intégrant amont et avalSBTi (mai 2024)
Pernod RicardFY 2021/22non-FLAG : -54 % en valeur absolue (327 495 → 150 648 tCO2e)FLAG : -30,3 % ; non-FLAG : -25 % (valeur absolue)SBTi (2024)

👉 À retenir : la quasi-totalité de ces objectifs sont désormais validés SBTi et exprimés en valeur absolue sur les trois scopes — le socle même que nous recherchons dans notre grille de notation « Objectifs 2030 ».

Les objectifs en valeur absolue sont importants car ils mesurent l’ambition prospective de décarbonation. Une entreprise peut réduire ses émissions par unité produite (intensité carbone) tout en augmentant ses émissions totales si son activité croît. Or, pour le climat, seules les émissions totales comptent.

2. Le Savoir-Faire à l’œuvre : des plans d’actions 2030 précis, complets et à l’efficacité avérée

La trajectoire de réduction des émissions n’est crédible que si elle repose sur des plans d’actions précis, détaillant les leviers opérationnels, leurs impacts à horizon 2030 et la preuve de leur efficacité sur les années écoulées.

Bouygues

Objectif 2030 : des cibles fixées métier par métier et validées SBTi — par exemple Colas : -46,5 % sur les émissions directes (scopes 1 et 2) et -30 % sur les émissions indirectes amont (scope 3a), par rapport à 2019.

  • Outils de pilotage carbone : le Colas Carbon Counter, premier outil automatisé de calcul de l’empreinte carbone des chantiers, et le Colas Carbon Footprint pour l’ensemble des scopes 1, 2 et 3a.
  • Décarbonation des flottes : 90 % du parc de véhicules légers Colas France déjà électrifié en 2025, usage croissant de biocarburants (B100/HVO, +11 % en 2025).
  • Matériaux et procédés bas carbone : enrobés tièdes et à froid (Easycold), agrégats d’enrobés recyclés (objectif 23 % de RAP en 2030), partenariats ciment bas carbone (Ecocem, Hoffmann Green Cement).
  • Sobriété numérique : chez Bouygues Telecom, les « Green Features » évitent 68 à 80 GWh par an sur le réseau mobile.

Résultat à date : empreinte carbone du Groupe ramenée à 19,4 MtCO2e en 2025, soit -7 % vs 2024.

Danone

Objectif 2030 : -46,3 % sur les scopes 1 et 2 en valeur absolue (référence 2020) ; -42 % sur le scope 3 Énergie/Industrie et -30,3 % sur le scope 3 FLAG (lait, ingrédients agricoles).

  • Un Plan de Transition Climatique publié dès décembre 2023, décliné en huit programmes stratégiques chiffrés — dont « Re-Fuel » pour les activités directes (pompes à chaleur, biométhane, contrats d’achat d’électricité renouvelable).
  • Décarbonation de l’amont agricole : agriculture régénératrice sur la filière lait (36 % des émissions) et sur les autres ingrédients agricoles (28 %).
  • Chaîne de valeur : écoconception des emballages, logistique bas carbone, engagement des fournisseurs.

Résultat à date : -21 % d’émissions en cinq ans (2020-2025), soit environ -4,7 %/an ; 60,5 % de l’objectif 2030 déjà atteint fin 2025.

Engie

Objectif 2030 : -66 % d’intensité carbone de la production d’énergie (scopes 1 et 2) et -56 % d’intensité carbone des ventes d’énergie (référence 2017), certifiés « Well-below 2 °C » par la SBTi. Le Groupe complète ces cibles d’intensité par un plafond d’émissions 2030 en valeur absolue : 120-140 Mt CO2 éq., contre 265 Mt en 2017 et 145 Mt déjà atteintes en 2025.

  • Sortie du charbon : arrêt des ventes de charbon depuis 2019, fin de la production d’énergie à partir du charbon d’ici 2025 en Europe continentale et 2027 dans le reste du monde.
  • Développement massif des renouvelables : ambition de 95 GW de capacités renouvelables et de stockage installées en 2030 (45 % du mix électrique du Groupe fin 2025).
  • Gaz renouvelables et décarbonés : 50 TWh de capacité de biométhane et 4 GW de production d’hydrogène visés en 2030.
  • Infrastructures et services aux clients : 300 TWh de ventes d’électricité verte, services d’efficacité énergétique et de flexibilité de la demande.

Résultat à date : intensité carbone de la production déjà réduite de 59 % en 2025 (objectif 2030 : -66 %) ; intensité des ventes réduite de 39 % (objectif : -56 %).

LVMH

Objectif 2030 : -68 % sur les scopes 1 et 2 en valeur absolue (référence 2023) ; -27 % sur le scope 3 FLAG et -23 % sur le scope 3 Énergie & Industrie, validés SBTi en décembre 2024.

  • Sur les scopes 1 et 2 : sobriété énergétique, efficacité énergétique, achats d’énergies renouvelables et réduction des gaz réfrigérants.
  • Sur le scope 3 : un plan en cinq axes — circularité, transports durables, engagement fournisseurs, agriculture régénératrice, marketing responsable et Green IT. Pour les entreprises du luxe, le transport durable constitue un levier essentiel de réduction des émissions de Scope 3 : diminution du recours au fret aérien très émetteur de CO₂ en privilégiant le transport maritime ou ferroviaire, optimisation des flux logistiques et l’électrification des livraisons du dernier kilomètre.

Résultat à date : émissions scopes 1+2 en baisse de 37 % en deux ans (2023-2025).

Orange

Objectif 2030 : -45 % sur l’ensemble des trois scopes réunis (référence 2020, de 6,5 à 3,6 MtCO2e), dans une feuille de route Net Zéro 2040 validée SBTi en mai 2024.

  • Décarbonation de l’énergie : réduction de l’intensité carbone de l’électricité consommée par le réseau et les data centers.
  • Chaîne d’approvisionnement : engagement des fournisseurs sur le scope 3 amont.
  • Économie circulaire et écoconception : allongement de la durée de vie des équipements clients et des réseaux.

Résultat à date : -24,5 % d’émissions en cinq ans (2020-2025), soit -5,5 %/an — au-dessus du rythme de -4,2 %/an requis par une trajectoire 1,5 °C.

Pernod Ricard

Objectif 2030 : -54 % sur les scopes 1 et 2 non-FLAG en valeur absolue (référence FY 2021/22) ; -30,3 % sur le périmètre FLAG (agriculture) et -25 % sur le scope 3 non-FLAG, validés SBTi en 2024.

  • Efficacité énergétique et électrification des sites notamment grâce à la mise en œuvre de la technologie de recompression mécanique des vapeurs (Mechanical Vapour Recompression, MVR) et de Pompes à Chaleur.
  • Changement de sources d’énergie : Promouvoir la transition vers l’électricité renouvelable en déployant des systèmes photovoltaïques solaires sur les sites et en garantissant l’approvisionnement en électricité garantie d’origine renouvelable, grâce à la mise en œuvre d’accords contractuels à long terme, tels que les contrats d’achat d’électricité et l’acquisition de certificats d’attributs énergétiques (Energy Attribute Certificate, EAC).
  • Sur le périmètre agricole (FLAG) : substitution des matières premières, agriculture régénératrice (Promouvoir des pratiques agricoles durables telles que la rotation des cultures, les cultures de couverture, l’utilisation d’engrais bas carbone, accompagner les fournisseurs et les agriculteurs dans la collecte de données carbone et l’élaboration de feuilles de route de décarbonation), projets de captation carbone, objectif de zéro déforestation sur l’ensemble des matières premières agricoles clés. 
  • Sur le reste du scope 3 : emballages circulaires, matières premières agricoles bas carbone, logistique durable.

Résultat à date : émissions scopes 1+2 en baisse de 42 % en trois ans (FY21/22-FY24/25) ; total Groupe en baisse de 13,5 % sur la même période (-4,71 %/an).

3. Ce qu’il faut retenir

Au-delà de la diversité des secteurs — matériaux et BTP, luxe, agroalimentaire, télécoms, spiritueux, énergie —, les mêmes leviers reviennent systématiquement :

  • L’achat ou la production d’énergie renouvelable (PPA, garanties d’origine, autoproduction) pour la décarbonation des scopes 1 et 2 ;
  • L’électrification des flottes, des procédés et des usages ;
  • L’engagement des fournisseurs pour agir sur le scope 3 amont ;
  • L’écoconception et l’économie circulaire pour agir sur le scope 3 aval ;

C’est précisément cette combinaison — objectifs chiffrés en valeur absolue, plan d’action détaillé et cohérent (notre fameuse « Dancing Box »), financement documenté et gouvernance exécutive — que nous évaluons chaque année dans notre Palmarès. Le Savoir-Faire existe : reste à généraliser le Vouloir-Faire.

👉 Retrouvez le classement complet et notre méthodologie détaillée sur le site web des Ateliers du Futur 

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Sources : Documents d’Enregistrement Universel 2025 (exercice 2024/2025) de Bouygues, Danone, Engie, LVMH, Orange et Pernod Ricard ; Emission Gap Report 2024, UNEP ; Science Based Targets initiative (SBTi).