Un Palmarès 2026 pour mesurer la crédibilité des trajectoires climat
Pour la cinquième année, Les Ateliers du Futur ont passé au crible les trajectoires climat des entreprises du CAC 40, à partir de leurs documents d’enregistrement universel relatifs à l’exercice 2025.
Le Palmarès 2026 évalue cinq dimensions complémentaires :
- les objectifs à 2030,
- le plan d’actions à 2030,
- les moyens financiers consacrés à leur mise en œuvre,
- les objectifs à 2050
- et la gouvernance climat.
Chaque dimension est évaluée sur une échelle de 0 à 6, à partir des publications réglementées des groupes.
L’objectif n’est donc pas seulement de mesurer les ambitions affichées par les entreprises, mais d’évaluer la crédibilité de leur trajectoire de décarbonation : les objectifs sont-ils alignés avec l’Accord de Paris ? Sont-ils accompagnés d’un plan d’action, d’un financement identifié, d’une trajectoire 2050 et d’un pilotage au niveau de la direction générale ?
Un focus sur le secteur du Luxe et des biens de consommation
Pour prolonger cette analyse, nous avons choisi de nous intéresser au secteur du luxe et des biens de consommation. Il rassemble huit entreprises du CAC 40 et présente une caractéristique carbone forte : l’essentiel de leur empreinte se situe dans le scope 3, c’est-à-dire dans les émissions indirectes liées à leur chaîne de valeur (achats de matières premières, fabrication des produits, emballages, transport et distribution, usage et fin de vie des produits).
Les huit entreprises du secteur déclarent ensemble près de 136 MtCO₂e d’émissions de gaz à effet de serre en 2025, tous scopes confondus et sur un périmètre mondial. À elle seule, Carrefour représente près de 70 % de cet ensemble, avec environ 94 MtCO₂e (impact des produits agricoles et des carburants vendus). Le chiffre est à rapprocher des émissions territoriales de la France qui s’élèvent à environ 359 MtCO₂e en 2025, bien que les périmètres ne soient pas directement comparables (émissions mondiales des groupes contre émissions territoriales françaises). Ces ordres de grandeur soulignent le poids climatique des chaînes de valeur de ces groupes, bien au-delà de leurs seules émissions directes.
Alors, où en sont réellement les acteurs du luxe et des biens de consommation ? Ont-ils fixé des objectifs suffisamment ambitieux ? Ont-ils défini les plans d’action et les financements nécessaires ? Leur trajectoire 2050 est-elle crédible ? Et comment le climat est-il intégré dans leur gouvernance ?
C’est ce que nous avons analysé à travers les cinq dimensions du Palmarès 2026.
Le luxe et les biens de consommation, un secteur contrasté
Notes moyennes sur 6 dans les 5 dimensions du Palmarès
Lecture : Chaque sommet est une dimension de la notation, scorée 0, 2, 4 ou 6 (anneaux du radar).
Le pointillé gris rappelle le profil 2025 du groupe.

Classement des 8 entreprises dans le Palmarès non financier des entreprises du CAC 40 et notes sur 10


Notes sur 6 dans les 5 dimensions du Palmarès
| Entreprise | D1Objectifs 2030 | D2Plan d’actions 2030 | D3Financement 2030 | D4Trajectoire 2050 | D5Gouvernance |
| Danone | 6 | 6 | 0 | 6 | 4 |
| Pernod Ricard | 6 | 6 | 0 | 6 | 2 |
| LVMH | 6 | 6 | 2 | 4 | 2 |
| L’Oréal | 6 | 2 | 2 | 4 | 4 |
| Carrefour | 6 | 2 | 2 | 0 | 4 |
| Kering | 2 | 4 | 2 | 4 | 2 |
| Hermès | 4 | 0 | 2 | 0 | 2 |
| EssilorLuxottica | 0 | 2 | 0 | 0 | 0 |
Le secteur Luxe & Biens de consommation présente une situation contrastée, avec une moyenne de 5,1/10. Il rassemble à la fois des trajectoires particulièrement structurées — Danone, LVMH et Pernod Ricard — et des situations beaucoup plus incomplètes, notamment chez Essilor Luxottica et Hermès.
Ainsi, cette moyenne masque une très forte dispersion des trajectoires.
Danone atteint 8/10, devant LVMH et Pernod Ricard à 7,5/10. À l’autre extrémité, Hermès obtient 2,6/10 et Essilor Luxottica 0/10, ce dernier groupe tirant fortement la moyenne sectorielle vers le bas.
Entre ces deux extrêmes, L’Oréal obtient 6/10, Carrefour 5/10 et Kering 4,1/10.
Le secteur ne présente donc pas une trajectoire climat homogène : il juxtapose des entreprises ayant déjà structuré une démarche complète et d’autres chez lesquelles plusieurs briques essentielles restent à construire.
1. Objectifs 2030 : le socle est désormais bien installé
Moyenne du secteur : 4,5/6 Moyenne du CAC 40 : 3,6/6
5 entreprises sur 8 obtiennent des scores de 6/6 : Danone, Pernod Ricard, LVMH, L’Oréal, Carrefour.
C’est la dimension sur laquelle le secteur obtient sa meilleure moyenne. Ces entreprises ayant obtenu 6/6 ont en commun des objectifs 2030 exprimés en valeur absolue et validés par SBTi, avec une couverture importante des scopes 1, 2 et 3. Danone, par exemple, affiche des objectifs couvrant quasiment intégralement ses scopes 1+2 et son scope 3, avec des objectifs différenciés pour les activités FLAG.
Kering se démarque avec des objectifs essentiellement construits à horizon 2033, et non 2030, et Essilor Luxottica par des objectifs ne couvrant que 70 % du scope 3 et excluant notamment l’aval (utilisation et fin de vie).
Globalement on peut dire que les entreprises du secteur sont passées d’objectifs incomplets, parfois en intensité, dans les palmarès précédents à des objectifs en valeur absolue sur la totalité des scopes. Cette évolution positive est à saluer.
2. Plan d’actions 2030 : les meilleures pratiques commencent à émerger
Moyenne du secteur : 3,5/6 Moyenne du CAC 40 : 2,6/6
Le point commun des entreprises les mieux notées est un plan d’action chiffré par leviers, permettant de relier les actions annoncées aux réductions d’émissions attendues — la logique de « Dancing Box » introduite dans notre méthodologie 2026 — et un plan d’actions éprouvé avec une baisse des émissions d’au moins -4,2%/an par rapport à l’année de référence de l’entreprise.
Plan d’actions cohérent et éprouvé chez Danone, Pernod Ricard et LVMH (6/6):
Chez LVMH, les leviers couvrent notamment l’énergie, les renouvelables, le transport, les fournisseurs et l’agriculture. A titre d’exemple, le recours à des moyens de transports moins carbonés (maritime) est amorcé en remplacement de l’avion. Chez Pernod Ricard, le plan articule notamment efficacité énergétique, pompes à chaleur, renouvelables, agriculture régénératrice et emballages circulaires. Enfin chez Danone, l’accent est également mis sur la mise en place de programme d’agriculture régénératrice en lien avec les fournisseurs afin d’augmenter les quantités produites tout en réduisant les impacts sur le climat. De plus, l’évolution à la baisse des émissions dans les dernières années démontre l’efficacité des plans d’actions de ces entreprises.
A noter que Kering (4/6), qui pourrait appartenir à ce premier groupe si les objectifs et le plan d’action correspondant étaient fixés à 2030 et non pas 2033.
Plan d’actions cohérent avec tous scopes et leviers publiés mais non crédible (2/6) : L’Oréal, Carrefour, Essilor Luxottica.
Dans ces entreprises, les leviers sont identifiés ainsi que leurs impacts mais l’absence ou l’insuffisance de réduction des émissions des années précédentes rend ce plan sujet à caution.
Plan d’action incomplet et non crédible (0/6) : Hermès
Globalement, pour le secteur, les meilleures entreprises montrent désormais la voie en passant de l’ambition à l’action, avec des plans de décarbonation chiffrés, structurés et dont les premiers résultats permettent de démontrer l’efficacité.
3. Financement 2030 : le principal angle mort du secteur
Moyenne du secteur : 1,25/6 Moyenne du CAC 40 : 2,4
Aucune entreprise du secteur n’obtient la note 6.
C’est de très loin la dimension la plus faible. Les entreprises décrivent les investissements nécessaires à la décarbonation, mais ne publient pas un chiffrage précis des CAPEX/OPEX associés aux différents leviers.
Danone constitue un cas particulièrement intéressant : alors que son plan d’action obtient 6/6 et que sa trajectoire 2030 est structurée, aucun chiffrage financier du plan 2030 n’est publié. À l’inverse, LVMH chiffre entre 235 et 270 M€ les CAPEX et OPEX cumulés à 2030 sur les scopes 1 et 2, mais pas encore sur le scope 3 même si des travaux sont annoncés. Le groupe obtient donc 2/6.
Globalement, le financement reste le principal angle mort des stratégies de décarbonation du secteur. Si les entreprises commencent à identifier les investissements nécessaires, la traduction financière de leurs plans d’action reste encore largement à construire. La prochaine étape consiste donc à mieux relier les ambitions climatiques aux décisions d’investissement, en chiffrant les CAPEX et OPEX associés aux différents leviers et à l’ensemble des scopes.
4. Trajectoire 2050 : des niveaux de maturité encore très contrastés
Moyenne du secteur : 3/6 Moyenne du CAC 40 : 3,1
Deux entreprises atteignent 6/6 : Danone et Pernod Ricard.
Toutes deux disposent d’une trajectoire Net Zéro formalisée et validée par SBTi, avec des leviers identifiés et un recours limité aux technologies non matures. LVMH et L’Oréal obtiennent 4/6 : leurs trajectoires Net Zéro sont décidées et validées, mais certaines technologies ou modalités de décarbonation restent encore à préciser.
Par contre, Carrefour, Hermès et Essilor Luxottica dont l’objectif 2050 n’est pas formalisé obtiennent 0/6. On s’interroge sur le cas de Carrefour qui a des objectifs 2030 clairs, en valeur absolue sur les 3 scopes (6/6), mais dont l’ambition 2050 reste à définir.
Globalement, les entreprises les plus avancées montrent qu’une trajectoire Net Zéro crédible repose sur des objectifs formalisés, validés et associés à des leviers de décarbonation clairement identifiés. Le principal enjeu pour le secteur est désormais de généraliser cette approche et de préciser les trajectoires à long terme, notamment lorsque certaines solutions technologiques restent encore à maturer.
5. Gouvernance climat : le pilotage au plus haut niveau reste à renforcer
Moyenne du secteur : 2,5/6 Moyenne du CAC 40 : 4,0
Aucune entreprise du secteur n’atteint au moins 5/6 sur la gouvernance climat.
Les meilleures pratiques sont observées chez Danone, L’Oréal et Carrefour, qui obtiennent chacun 4/6. Leur gouvernance climat est bien identifiée et intégrée au niveau exécutif, mais ne répond pas encore à l’ensemble des critères permettant d’atteindre 6/6 (absence de Comité climat)
À l’autre extrémité, Essilor Luxottica obtient 0/6 : le pilotage relève de la Direction du Développement durable, hors Comex, sans comité Climat exécutif.
En synthèse :
Le secteur du luxe et des biens de consommation agrège des entreprises ayant des niveaux de maturité hétérogènes face à la décarbonation.
Si les objectifs climatiques 2030 du secteur sont désormais largement établis, la démonstration de leur faisabilité reste incomplète : seules trois entreprises présentent aujourd’hui un plan d’actions cohérent, chiffré et appuyé par des résultats tangibles. Pour les autres, la prochaine étape devra consister à transformer leurs ambitions en décisions opérationnelles concrètes avec un pilotage au plus haut niveau de l’entreprise. Globalement, l’entreprise Danone peut servir d’exemple à suivre afin de tirer l’ensemble du secteur vers le haut du Palmarès.
