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đ«đ· 2Ăšme volet de notre exĂ©gĂšse de cet avis consultatif rendu le 25 AoĂ»t dernier
âïž Dans son avis consultatif sur la 1Êłá” question de lâAssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale des Nations Unies, relative aux obligations des Ătats pour prĂ©server notre systĂšme climatique contre les Ă©missions anthropiques, la CIJ a examinĂ© deux catĂ©gories de sources du droit international susceptibles dâapplication :
- Les traitĂ©s spĂ©cifiques Ă lâattĂ©nuation et Ă lâadaptation au changement climatique, bien sĂ»r, mais aussi
- Les autres conventions internationales instaurant des devoirs entre Ătats au sein des Nations Unies.
đš En rĂ©ponse Ă quelques contributions « orientĂ©es », la Cour a immĂ©diatement constatĂ© que ces deux sources ne sâexcluaient pas, car telle nâa pas Ă©tĂ© lâintention des Nations. Il faut donc considĂ©rer les premiers comme venant sâajouter au cadre gĂ©nĂ©ral des secondes.
đ Ceci est Ă©videmment critique au moment oĂč lâun des grands Ă©metteurs mondiaux dĂ©cide de quitter lâAccord de Paris et oĂč dâautres, entraĂźnĂ©s par les mĂȘmes convictions politiques, se posent sans doute la question.
đ Dans un but didactique, dĂ©marrons cette exĂ©gĂšse par le cadre gĂ©nĂ©ral, câest-Ă -dire les rĂšgles applicables Ă TOUS les Ătats regroupĂ©s au sein de lâONU.
đ La Cour a ainsi approfondi dans ses motifs les questions essentielles suivantes :
- Quels textes, en dehors des traitĂ©s spĂ©cifiques Ă la riposte gĂ©nĂ©rale contre le rĂ©chauffement climatique ou Ă la prĂ©servation de lâenvironnement, constituent des sources dâobligations pour les Ătats applicables notamment dans le domaine du rĂ©chauffement climatique ?
- Quelles obligations générales en découlent ?
- Quels ajouts la jurisprudence du droit international et la Convention de Vienne sur le droit des traités ont-ils produits ?
- Ces obligations sont-elles des obligations de résultat ou de moyens ?
- Dans ce dernier cas, quelles vigilances particuliÚres sont appropriées au domaine du changement climatique ?
đ Il est important de souligner quâĂ cĂŽtĂ© de ces instruments juridiques, la Cour a formellement reconnu les rapports du GIEC comme la meilleure synthĂšse des meilleures connaissances scientifiques actuelles sur le changement climatique. Ceci ne laisse Ă lâĂ©vidence aucune place au dĂ©ni, ni aux tentatives de réécriture biaisĂ©e. Elle adopte dans ce contexte :
- Sa définition du systÚme climatique,
- Sa définition du changement climatique,
- Ses Ă©tudes prospectives concluant Ă un risque Ă©levĂ© de dommages significatifs Ă lâenvironnement (notion clĂ© pour le droit international),
- Ses dĂ©finitions de lâattĂ©nuation et de lâadaptation.
đ Notons quâincidemment, la Cour :
- A aussi conclu que les émissions de gaz à effet de serre constituent une pollution du milieu marin,
- Et soulignĂ© quâĂ©mettre des GES nâest pas aujourdâhui un acte illicite au regard du droit international. Le fait, pour un Ătat, de ne pas mettre sous contrĂŽle les Ă©missions de sa juridiction peut, par contre, sâavĂ©rer illicite.
đ Les principales sources du droit international non spĂ©cifiques au climat quâa retenues la Cour sont en nombre restreint :
- La Charte des Nations Unies
- Le droit international des Droits de lâHomme
- La Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités
- Sa jurisprudence ou celle Ă©manant dâautres tribunaux internationaux, dite « droit coutumier ».
âïž Un des privilĂšges de la fonction judiciaire est en effet de jouir dâun espace de libertĂ© â sous contrainte de logique et de sagesse, Ă©videmment â pour utiliser son imagination et, soyons clairs, inventer ou durcir certaines obligations. Souvent en utilisant le principe dâĂ©quitĂ©, la jurisprudence peut ainsi devancer la loi, spĂ©cialement au bĂ©nĂ©fice des victimes.
đ Ainsi en a-t-il Ă©tĂ© en France pour les accidents du travail, auparavant rĂ©gis par le droit commun de la responsabilitĂ© devenu trop rigoureux Ă lâĂšre industrielle, et pour les accidents automobiles oĂč la loi Badinter a consacrĂ© une interprĂ©tation des juges de plus en plus protectrice des victimes.
đ Sâappuyant sur ces seules sources de droit international « gĂ©nĂ©ralistes », distinctes des traitĂ©s relatifs Ă la lutte contre le changement climatique, la Cour retient plusieurs obligations fortes Ă la charge des Ătats dans ce domaine :
- Tous les Ătats ont lâobligation de prĂ©venir les dommages significatifs Ă lâenvironnement (droit coutumier), ce qui sâapplique, pour la Cour, au systĂšme climatique,
- Tous les Ătats ont lâobligation de coopĂ©rer (Charte des Nations Unies),
- Tous les Ătats ont lâobligation dâagir de bonne foi (Convention de Vienne),
- Lâobligation de prĂ©servation de lâenvironnement est une obligation de moyens pour chaque Ătat dans le cadre de responsabilitĂ©s communes mais diffĂ©renciĂ©es et des capacitĂ©s respectives,
- Compte tenu des enjeux, cette obligation de moyens doit ĂȘtre assortie dâune diligence requise stricte qui inclut trois dimensions clĂ©s :
- Ăvaluer les impacts/risques sur lâenvironnement de ses activitĂ©s,
- Consulter en amont les autres Ătats concernĂ©s,
- Informer les autres Ătats des mesures dĂ©cidĂ©es.
đ Important dans le contexte actuel : la Cour considĂšre quâune Ă©valuation des impacts possibles sur lâenvironnement exige une richesse de donnĂ©es scientifiques importante. Contribuer Ă enrichir ces donnĂ©es fait donc partie du devoir de vigilance requis. Suivez notre regard !âŠ
đ„ Le droit international des droits de lâHomme, enfin, amĂšne la Cour Ă reconnaĂźtre que, compte tenu des effets nĂ©fastes actuels et prĂ©visibles du changement climatique sur les droits de lâHomme (accĂšs Ă la nourriture, Ă lâeau, au logement), le droit Ă un environnement propre, sain et durable fait partie des droits de lâHomme.
đïž Cette premiĂšre synthĂšse montre, sur la forme, la puissance dâanalyse et de synthĂšse de cette institution de La Haye, capable de puiser dans de multiples sources (un maquis) de conventions et dâĂ©tudes scientifiques pour en tirer une vision et, en lâoccurrence, une architecture globale et harmonieuse.
đ„ Sur le fond, il ressort de ses constats que les exigences natives du droit international sont suffisamment fortes pour, en thĂ©orie, mettre sous tension les Ătats sur le chemin de la dĂ©carbonation de lâhumanitĂ©. En rĂ©alitĂ©, des principes aux plans dâaction, il y a nĂ©cessairement un Ă©cart, liĂ© notamment Ă des interprĂ©tations divergentes ou Ă des marges de manĆuvre plus ou moins grandes utilisĂ©es ou inventĂ©es par les diffĂ©rents Ătats.
đ Câest la raison dâĂȘtre des traitĂ©s spĂ©ciaux contre le rĂ©chauffement climatique que la Cour de Justice a Ă©galement approfondis pour complĂ©ter ce panel dâobligations par celles, plus spĂ©cifiques, incluses dans cette seconde catĂ©gorie de conventions.
đŹđ§ 2nd part of our exegesis of this advisory opinion issued on August 25
đICJ Climate Opinion: A Fundamentally Protective UN Framework:
âïž In its advisory opinion on the 1st question of the UN General Assembly, relating to the obligations of States to preserve our climate system against anthropogenic emissions, the ICJ examined two categories of sources of international law applicable here:
- Treaties specific to mitigation and adaptation to climate change, of course, but also
- Other international conventions establishing duties among States within the United Nations.
đš In response to a few âorientedâ contributions, the Court immediately noted that these two sources are not mutually exclusive, since that was never the intention of the Nations. Therefore, the first must be considered as adding to the general framework of the second.
đ This is obviously critical at a time when one of the worldâs largest emitters decides to leave the Paris Agreement and others, driven by similar political convictions, are likely asking themselves the same question.
đ For didactic purposes, let us begin this exegesis with the general framework, i.e., the rules applicable to ALL States grouped within the UN.
đ The Court thus examined in depth the following essential questions:
- Which texts, apart from treaties specifically addressing climate change response or environmental preservation, constitute sources of obligations for States applicable particularly in the field of climate change?
- What general obligations arise from them?
- What additions have international jurisprudence and the Vienna Convention on the Law of Treaties produced?
- Are these obligations obligations of result or of means?
- In the latter case, what specific diligence is appropriate in the domain of climate change?
đ It is important to emphasize that alongside these legal instruments, the Court formally recognized the IPCC reports as the best synthesis of current scientific knowledge on climate change. This leaves no room for denial or biased rewriting attempts. In this context, it adopts:
- Its definition of the climate system,
- Its definition of climate change,
- Its forward-looking studies concluding on a high risk of significant environmental damage (a key notion in international law),
- Its definitions of mitigation and adaptation.
đ Notably, the Court also:
- Concluded that greenhouse gas emissions constitute marine pollution,
- Stressed that emitting GHGs is not, as of today, an illicit act under international law. However, a Stateâs failure to control emissions within its jurisdiction may indeed be illicit.
đ The main non-climate-specific sources of international law retained by the Court are limited in number:
- The Charter of the United Nations
- International human rights law
- The 1969 Vienna Convention on the Law of Treaties
- Its own jurisprudence or that of other international tribunals, known as âcustomary lawâ.
âïž One of the privileges of the judicial function is, indeed, to enjoy a certain space of freedomâunder the constraint of logic and wisdom, of courseâto use imagination and, let us be clear, invent or tighten certain obligations. Often using the principle of equity, jurisprudence may thus precede the law, especially to the benefit of victims.
đ Thus it has been in France with workplace accidents, previously governed by the common law of liability which had become too strict in the industrial era, and with road accidents where the Badinter Law enshrined increasingly protective judicial interpretations in favor of victims.
đ Based solely on these âgeneralistâ sources of international law, distinct from treaties combating climate change, the Court recognizes several strong obligations imposed on States in this field:
- All States have the obligation to prevent significant environmental harm (customary law), which, according to the Court, applies to the climate system,
- All States have the obligation to cooperate (UN Charter),
- All States have the obligation to act in good faith (Vienna Convention),
- The obligation to preserve the environment is an obligation of means for each State within the framework of common but differentiated responsibilities and respective capacities,
- Given the stakes, this obligation of means must be accompanied by strict due diligence, which includes three key dimensions:
- Assessing environmental impacts/risks of their activities,
- Consulting in advance with other concerned States,
- Informing other States of the measures decided.
đ Important in the current context: the Court considers that assessing potential environmental impacts requires a wealth of scientific data. Contributing to enriching these data is therefore part of the required duty of vigilance. You see where this is heading!âŠ
đ„ Finally, international human rights law leads the Court to recognize that, given the current and foreseeable harmful effects of climate change on human rights (access to food, water, housing), the right to a clean, healthy, and sustainable environment is part of human rights.
đïž This first synthesis shows, in form, the analytical and synthetic power of this Hague institution, capable of drawing from multiple sources (a veritable maze) of conventions and scientific studies to build a vision and, in this case, a global and harmonious architecture.
đ„ On the substance, it emerges from its findings that the native requirements of international law are sufficiently strong to, in theory, place States under pressure on the path toward humanityâs decarbonization. In reality, from principles to action plans there is inevitably a gap, linked notably to divergent interpretations or to more or less broad margins of maneuver used or invented by different States.
đ This is precisely the raison dâĂȘtre of special treaties against climate change, which the Court also examined in depth in order to complement this panel of obligations with those more specific ones included in this second category of conventions.