A l’occasion de notre 5ème revue quadrimestrielle sur le Climat mondial, nous livrons ici le volet sur la finance verte, tant du point de vue des récents développements que des perspectives.
(Sources Bloomberg, OECD Global Debt Report 2025, BNEF, CPI, IEA, McKinsey )
Si l’année 2025 marque une progression réelle, l’analyse détaillée des structures de financement révèle l’ampleur des défis structurels pour atteindre les objectifs climatiques de la décennie.
L’écart de financement : un défi de changement d’échelle
Le premier constat porte sur l’ampleur du déficit de capitaux à combler. En 2023, les capitaux levés sur les marchés mondiaux pour le climat s’élevaient à 1,6 billion (1 600 milliards) de dollars. Pour s’aligner sur les trajectoires de décarbonation, les besoins annuels de financement devront atteindre au minimum 5,1 billions de dollars dès 2030.
Les estimations des experts varient selon les scénarios, mais le besoin de financement annuel pourrait osciller entre 4,5 et 12,1 billions de dollars d’ici 2050. Cette moyenne basse de 5,1 billions de dollars par an souligne que la mobilisation actuelle des marchés financiers doit être multipliée par plus de trois en moins de six ans.
Structure de l’investissement en 2025 : marchés et cash-flows
En 2025, l’investissement mondial total dans la transition énergétique a atteint 2,3 billions de dollars, enregistrant une croissance de 8,1 % par rapport à 2024.
Il est crucial de distinguer deux sources de financement majeures qui alimentent ce montant global :
- Les capitaux externes : Levés sur les marchés financiers via l’émission de dette ou de capital.
- Les cash-flows opérationnels : Les flux de trésorerie internes des entreprises, massivement réinvestis dans leurs propres stratégies de transition et de transformation industrielle.
Les secteurs moteurs de la croissance
Trois domaines concentrent la majeure partie des investissements en 2025:
- Le transport électrifié : 893 milliards de dollars.
- Les énergies renouvelables : 690 milliards de dollars.
- Les réseaux électriques : 483 milliards de dollars, un secteur en forte progression pour soutenir l’intégration des énergies décentralisées.
3. Disparités géographiques et contextes politiques
La dynamique d’investissement reste fortement polarisée par quelques grandes régions économiques.
- Asie-Pacifique : Sous l’impulsion de la Chine, la région a capté 47 % des investissements mondiaux en 2025.
- Chine : Premier investisseur mondial avec 800 milliards de dollars. On note cependant un ralentissement du financement des énergies renouvelables, freiné par des réformes structurelles du marché de l’électricité.
- Union Européenne : Elle affiche la plus forte dynamique de croissance avec une hausse de 18 %, atteignant 455 milliards de dollars d’investissements.
- États-Unis : L’investissement a progressé de 3,5 % pour atteindre 378 milliards de dollars. Ce ralentissement relatif intervient alors que les mesures de la nouvelle administration visant à freiner la transition commencent à peser sur les perspectives de long terme.
- Inde : Le pays confirme son émergence avec une croissance robuste de 15 % de ses investissements (68 milliards de dollars).
Dynamisme des marchés de capitaux et de l’innovation
Malgré les incertitudes macroéconomiques, certains segments du marché financier font preuve d’une résilience notable.
- L’essor de la Climate-Tech : Les levées de fonds en capital-risque et private equity pour les technologies climatiques ont bondi de 53 % en 2025, atteignant 77,3 milliards de dollars. Ce dynamisme est principalement porté par les secteurs de l’énergie propre, du stockage d’énergie et des transports bas-carbone.
- Le marché de la dette : L’émission de titres de dette dédiés à la transition énergétique a totalisé 1,2 billion de dollars en 2025, soit une augmentation de 17 % sur un an.
- La gestion d’actifs : Les fonds climatiques cotés en bourse gèrent désormais un encours de 652 milliards de dollars (+16,4 % vs 2024). Parallèlement, 227 fonds privés spécifiquement dédiés au climat totalisent 143 milliards de dollars de capital.
Conclusion
L’analyse des données de 2025 montre que si la transition énergétique est désormais une réalité industrielle financée à hauteur de 2,3 billions de dollars, l’alignement sur les besoins de 2030 nécessite une accélération sans précédent.
