Le Royaume-Uni vient de frapper un grand coup dans la course aux énergies renouvelables. Ce mardi 10 février, le gouvernement britannique a annoncé les résultats de sa dernière enchère pour l’éolien terrestre et le solaire, attribuant un total de 6,2 gigawatts de capacité nouvelle. Un signal fort, à l’heure où l’action climatique concrète reste le grand défi de la décennie.

Un record historique pour le solaire britannique

Le chiffre phare de cette enchère est sans conteste celui du solaire : 4,9 gigawatts de capacité ont été attribués, un record national, à un prix de 65 £ par mégawattheure — en baisse par rapport à la précédente enchère. Ce prix en recul témoigne de la maturité croissante de la filière solaire et de sa compétitivité face aux énergies fossiles.

Côté éolien terrestre, 1,3 gigawatt ont été attribués à 72 £/MWh. Ce résultat est d’autant plus remarquable qu’il marque le retour de l’éolien terrestre en Angleterre, après la levée par le gouvernement Starmer d’une interdiction de fait héritée de l’ère conservatrice. Un symbole politique autant qu’énergétique.

L’éolien offshore n’est pas en reste : en janvier dernier, 8,44 GW avaient déjà été attribués lors d’une enchère dédiée, portant l’effort renouvelable britannique à un niveau sans précédent.

Le cap 2030 : un objectif ambitieux mais crédible

Ces résultats s’inscrivent dans l’objectif du Royaume-Uni d’atteindre un réseau électrique décarboné à 95% d’ici 2030. Pour y parvenir, le pays devra disposer d’ici 2030 d’au moins 47 GW de solaire, 43 GW d’éolien en mer (contre 15 GW aujourd’hui), et 27 GW d’éolien terrestre (16 GW aujourd’hui). Le chemin est encore long, mais les enchères récentes montrent que la dynamique est bien enclenchée.

Le Department for Energy Security and Net Zero a d’ailleurs souligné que cette dernière enchère « met le Royaume-Uni sur la trajectoire de son objectif d’énergie propre 2030 ». Les projets éoliens terrestres, dont les délais de développement sont plus courts que l’offshore, disposent encore de deux fenêtres d’enchères supplémentaires pour contribuer à la cible.

Le lien avec la NDC britannique : de la promesse à la preuve

C’est ici que cette actualité prend toute sa dimension internationale. En novembre 2024, lors de la COP29 à Bakou, le Premier ministre Keir Starmer avait annoncé — trois mois en avance sur le calendrier — la nouvelle contribution déterminée au niveau national (NDC) du Royaume-Uni : une réduction d’au moins 81 % de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035 par rapport aux niveaux de 1990. Un engagement aligné sur la trajectoire 1.5°C et salué comme l’un des plus ambitieux au monde.

Cette NDC, soumise formellement au secrétariat de la CCNUCC en janvier 2025, repose sur les recommandations du Climate Change Committee indépendant. Elle succède à l’objectif précédent de −68 % d’ici 2030 et fait de la décarbonation du réseau électrique la pierre angulaire de la stratégie climatique britannique. 

Cette nouvelle trajectoire de décarbonation est d’autant plus crédible que le Royaume-Uni a su tenir le cap qu’il s’était fixé depuis la signature de l’accord de Paris. Aujourd’hui, il a déjà décru de plus de 50% ses émissions depuis 1990, grâce notamment à la réduction quasi-totale (-97%) de sa production électrique par le charbon. Son mix électrique est composé de 50% de renouvelables, 30% de gaz naturel, 15% de nucléaire et 3% de pétrole/charbon. Il va poursuivre sa décarbonation avec le développement très volontariste de l’éolien et du solaire d’une part, et d’autre part avec le développement du nucléaire (notamment la mise en service du réacteur Hinkley Point C par EDF prévue en 2027 ou 2028) qui lui permettra de diminuer sa dépendance au gaz naturel.

Le Royaume-Uni a d’ailleurs fait de cette NDC un levier diplomatique à la COP30 de Belém en novembre 2025, où il a plaidé pour que les autres pays rehaussent leurs propres ambitions. Londres a également lancé la Global Clean Power Alliance, une coalition visant à accélérer la transition énergétique mondiale.

Les enchères record annoncées aujourd’hui ne sont donc pas un événement isolé : elles constituent la preuve tangible que le Royaume-Uni met les moyens en face de ses engagements climatiques internationaux. Dans un contexte où de nombreuses NDC restent lettre morte, cette cohérence entre promesse et action mérite d’être soulignée.

Ce que nous en retenons

Pour nous, aux Ateliers du Futur, cet exemple britannique est riche d’enseignements.

Il montre d’abord que les mécanismes d’enchères, lorsqu’ils sont bien conçus et régulièrement organisés, peuvent accélérer le déploiement des renouvelables tout en faisant baisser les coûts.

Il démontre ensuite qu’une NDC ambitieuse n’a de valeur que si elle est adossée à des politiques concrètes, mesurables et appliquées dans la durée.

Enfin, il rappelle que la transition énergétique est aussi un projet politique : la levée de l’interdiction de l’éolien terrestre en Angleterre illustre à quel point les choix réglementaires peuvent libérer — ou freiner — des capacités considérables.

Alors que la communauté internationale digère les résultats mitigés de la COP30 et que les regards se tournent déjà vers la COP31 à Antalya en 2026, le Royaume-Uni offre un cas d’étude précieux : celui d’un pays qui tente d’aligner ses ambitions climatiques avec la réalité de ses investissements