Les PEVD (Pays émergents et en voie de développement) comptent 775 millions d’habitants sans électricité et 2,4 milliards d’êtres humains sans accès à des combustibles non polluants pour leur cuisine.

Selon l’IEA, pour accomplir le scénario Net Zero de l’Accord de Paris, 4.000 milliards de USD sont nécessaires chaque année d’ici 2030 pour la transition écologique au niveau mondial. En 2023, seuls 1.700 milliards USD ont été investis selon Bloomberg NEF.

Dans le cadre de notre revue quadrimestrielle des 5 domaines clé pour le Climat (événements extrêmes, émissions, technologies vertes, politiques publiques et financement), nous abordons ce volet du Financement dans cet article.

Quels investissements dans la transition énergétique ?

Les principaux composants de l’investissement pour la transition énergétique sont dans les énergies renouvelables (41%), les infrastructures de réseau (20%) et l’efficacité énergétique et usages finaux (32%). 

Sont ainsi nécessaires :

  • 2,3 trillions d’USD/an, soit 60% pour développer les énergies propres, (seulement 0,77 trillions d’USD investis en 2022),
  • 1,8 trillions d’USD/an, près de 50% devraient être attribués aux PEVD hors Chine (seulement 260 mds USD investis à ce titre en 2022).

La situation des pays en développement fait ainsi apparaitre un écart important entre besoins et ressources :

Quelles  SOURCES DE FINANCEMENT DANS LA TRANSITION ENERGETIQUE DES PEVD ? 

En 2022, le financement issu des entités publiques représentait environ la moitié des dépenses des PEVD en matière d’énergie propre, contre moins de 20% dans les économies avancées. 

Selon les estimations de l’AIE, les deux tiers des investissements dans les énergies propres des PEVD (Chine non comprise) devront provenir du secteur privé, soit entre 0,9 et 1,1 trillions de dollars par an, d’ici le début des années 2030 (contre seulement 135 milliards de dollars aujourd’hui).

Les investissements publics des PEVD ne pourront pas suffire. A titre d’exemple, 90% des investissements réalisés dans les infrastructures de distribution d’énergie sont réalisés par des Etats dont beaucoup ont du mal à rembourser leur dette.

ENCOURAGER LES FINANCEMENTS MIXTES EST DONC INDISPENSABLE:

Le “financement mixte” est une combinaison de fonds « concessionnels » provenant de donateurs et de fonds provenant d’investisseurs privés et d’institutions de financement du développement. Les fonds concessionnels fournissent des garanties partielles ou des fonds propres permettant un effet de levier.

Ces financements mixtes devraient être alloués prioritairement aux projets complexes à financer (coûts initiaux de développement élevés, nouvelles technologies….).

Les fonds concessionnels pourraient être nécessaires chaque année jusqu’en 2035 pour faciliter un financement privé de 1,3 à 1,8 trillion de dollars.

DEVELOPPER DE NOUVELLES PLATEFORMES DE FINANCEMENT :

De nouvelles plateformes sont nécessaires pour mobiliser des capitaux privés à grande échelle. Les obligations vertes, sociales, durables et liées à la durabilité (GSSS) ont le potentiel d’attirer davantage de financements privés pour le climat dans les pays émergents. L’Union Européenne est leader dans l’émission des Green bonds en 2023. Les PEVD en émettent peu si on exclut la Chine. 

Les émissions de GSSS stagnent globalement depuis 3 ans. 

QUELLES SONT LES CONDITIONS D’UN CADRE PROPICE A L’INVESTISSEMENT PRIVE DANS LES PEVD ?

  • Renforcer la gouvernance du secteur énergétique dans les PEVD et concevoir des plans de transitions crédibles dans chaque pays
  • Atténuer les risques liés aux pays, en mutualisant les risques des projets et des pays au niveau d’un organisme mondial
  • Concevoir de nouvelles plateformes de financement vert (Green Bonds, prêts, marché carbone…)
  • Développer des systèmes financiers et fiscaux plus développés dans les PEVD.

La réalisation d’une transition énergétique dépend d’un meilleur accès à un financement à faible coût pour les projets. Cela signifie canaliser les bénéfices non répartis des bilans des grandes sociétés énergétiques, ainsi que l’ouverture de financements auprès de sources externes – notamment les banques et les pools de capitaux des marchés financiers. Il serait cohérent que 70 % des investissements dans les énergies propres soient réalisés par des fonds privés si les conditions de sécurisation du marché sont réunies. 

Les conditions indispensables sont donc :

  • Poursuivre et augmenter le soutien international : 

Il est nécessaire, mais pas suffisant, de respecter l’engagement des économies avancées de mobiliser 100 milliards de dollars par an pour le financement du climat. Demander aux PEVD de se fixer des objectifs clairs de décarbonation et se doter d’outils permettant de mesurer les efforts réalisés et la façon dont les financements ont permis d’y contribuer sera essentiel pour créer le climat de confiance nécessaire à tout investissement. Cela devra, comme dans les pays de l’OCDE, s’accompagner de travaux visant à élaborer des normes de reporting et d’évaluation meilleures et plus cohérentes, ainsi qu’à améliorer les moyens de traduire les données sur les performances climatiques en investissements. 

  • Mobiliser des réserves plus larges de capitaux privés

La mobilisation de capitaux privés supplémentaires reposera notamment sur le déploiement accru de financements mixtes.